Dans la folie de Charles Bukowski

Charles Bukowski

Je ne connaissais de Bukowski que sa réputation d’écrivain alcoolique et de vieil obsédé sexuel. Je garde aussi gravée à l’esprit les images d’anthologie de sa venue à l’émission littéraire  « Apostrophes » où il fit un passage explosif.

En flânant à la FNAC il y a quelques temps, je suis tombée sur les « Contes de la folie ordinaire ». Interpellée par le concept même de folie ordinaire, je me suis laissée tenter par ce recueil de nouvelles. Car qu’est-ce que la folie ordinaire? Notre part de folie quotidienne? Notre part de déraison? La folie générée par nos peurs, nos angoisses, nos envies de vengeance ou encore de pouvoir? Celle que nous possédons au plus profond de nous et que nous tentons de refouler à chaque instant?

Je dois l’avouer, je n’ai d’abord pas du tout apprécié l’écriture de Bukowski, ses phrases lapidaires, ses mots crus et vulgaires avec toujours le sexe en toile de fond. Et les femmes, une vraie obsession. Les femmes belles ou moches, en rondeur, avec de longues jambes, castratrices ou soumises, dévoreuses d’hommes ou câlines. Un vrai défilé! Au départ, je ne voyais que nihilisme, envie de destruction, j’avais du mal à m’accrocher à cet univers sordide, déprimant fait de chambres d’hôtel cradingues, de draps sales, de culs et de puanteur
vaginale (en la matière je tairai l’histoire hallucinante intitulée le « Petit ramoneur » que je préfère vous laisser découvrir si le cœur vous en dit ).

Puis petit à petit je me suis surprise à m’attacher à ce personnage alcoolique et hideux (car Bukowski parle de lui dans ses nouvelles, et en ces termes en plus). Cet être qui dit détester la race humaine « triste spectacle que celui des foules empilées, des montagnes de viande qui jacassent, des carcasses répugnantes, des vies bradées, défilé de regards morts, de bouches mortes, tous des moignons… » mais qui au fond en parle souvent avec sensibilité et émotion (notamment lorsqu’il s’agit des femmes).

Cet homme qui sans nul doute compensait sa fragilité et sa peur de l’autre en dégueulant ses mots et son whisky sur autrui comme pour mieux se protéger. Bukowski cultivait l’humour noir, ironique et décalé avec beaucoup d’adresse. Il savait également pousser le ridicule des situations à l’extrême avec, je pense, une réelle volonté de mettre mal à l’aise et d’appuyer là où ça fait mal. Un auteur que l’on adore ou que l’on déteste mais qui ne laissera personne indifférent.

Voir l’extrait vidéo du passage de Bukowski dans l’émission « Apostrophes » :

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A propos de l'auteur

Luzycalor - traduire lumière et chaleur - est le blog d'une petite curieuse adepte de cinéma, musique, littérature et culture urbaine en tout genre. Vaste champ d'investigation isn't it? Parce que si culture s'étale comme confiture, les deux ont en commun un petit goût sucré dont on devient très vite addict. Bienvenue dans mon univers, ce monde vu de ma fenêtre!

15 commentaires
  • akasha - février 1, 2011

    Jamais lu d’oeuvre de cet écrivain… Après ce magnifique article, je suis bien tentée 😉

    • luzycalor - février 2, 2011

      Merci Akasha. En tout cas je ne regrette pas d’avoir essayé mais c’est particulier…

  • carmadou - février 2, 2011

    je me souviens d’une époque où tout le monde lisait Bukowski, notamment lorsque le film Barfly de Barbet Schroeder est sorti avec Mickey Rourke qui jouait un double de Bukowski et Faye Dunaway.. je n’ai jamais vraiment accroché, j’ai toujours préféré un autre auteur américain très en vogue dans la même période, John Fante qui était édité chez 10/18.

    Vas tu continuer l’expérience?

    • luzycalor - février 2, 2011

      Ah oui tiens John Fante, quelle bonne idée, je vais essayer également. Quant à Bukowski pour l’instant je crois que je vais m’arrêter là. Je ne regrette pas du tout et je pense que ça vaut la peine de le lire mais son univers est quand même bien glauque. Dans l’immédiat, je préfère passer à autre chose.

  • Delphine - février 2, 2011

    J’ai bien essayé de lire ce livre, mais je crois que je ne l’ai jamais terminé…

    • luzycalor - février 2, 2011

      Pas facile d’aller au bout en effet… Un univers tellement noir et une manière d’écrire quand même assez vulgaire il faut bien le dire.

  • Une fille à Paris - février 2, 2011

    Excellent article !! Merci, l’univers décrit ,n’est pas du tout le moins mais le compte-rendu est très bien!

  • Une fille à Paris - février 2, 2011

    je voulais dire: l’univers n’est pas du tout le mien !!

    • luzycalor - février 2, 2011

      Merci pour le compliment :-)
      A bientôt

  • Elisa - février 2, 2011

    Je ne le connaissais pas. J´aime le portrait en photo que tu as ajouté :)
    Bisous

    • luzycalor - février 2, 2011

      Salut Elisa, moi aussi j’ai craqué pour ce portrait qui, je trouve, représente plutôt bien le personnage.

  • Cynthia - février 2, 2011

    J’adore Buckowski! Il sait insuffler un peu de poésie dans la laideur tout en étant assez comique. J’ai beaucoup aimé Pulp et Post Office.

  • luzycalor - février 2, 2011

    Salut Cynthia, merci pour ton témoignage. Tu as l’air de connaître un peu l’écrivain. En ce qui me concerne c’est le premier de ses livres que je lis et je ne pense pas donner suite pour le moment…

  • Papillote - février 4, 2011

    je ne sais pas quoi penser de ce type. les contes, j’en ai aimé, d’autres pas du tout accroché. quant à ses « mémoires » je me suis ennuyée : il ne s’est rien passé dans sa vie, à part la picole ou quoi ? en revanche j’ai bien aimé son expérience dans son livre « le postier »

    • luzycalor - février 4, 2011

      Pas lu « Le Postier ». Je pense que ce type a du se perdre dans sa souffrance et son alcool si bien qu’effectivement on a l’impression qu’à part la baise et la picole, il ne savait pas faire grand chose!

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