La Piel que Habito – Pedro Almodovar

la piel que habito

Je sors du film relativement mitigée ou devrais-je dire déboussolée. Est-ce génial ou mauvais? Almodovar vire t-il « fou » à vouloir adapter au cinéma un roman aussi déjanté que celui de Thierry Jonquet? Étrange univers qui pose de façon plutôt décalé la question de l’identité. Le plus étonnant dans l’histoire c’est la manière qu’a le cinéaste de filmer une situation démente comme si de rien n’était, le plus sereinement du monde.

Au départ Robert Ledgard, chirurgien esthétique reconnu par ses pairs, vient de trouver le moyen de fabrication d’une peau parfaite et résistante qu’il cherche à faire breveté. Immédiatement, bien que le personnage séduisant en diable soit présenté comme calme et maîtrisé, on devine sans trop savoir pourquoi qu’il renferme un dangereux psychopathe.  Les indices sont  a priori un peu maigres mais la séquestration d’une femme superbe habillée d’un vêtement couleur peau nous met quand même un peu sur la voie. Qui est donc cette beauté qui semble parfaitement apprécier sa condition de femme soumise, cobaye, parquée dans une chambre où sa seule activité consiste à faire le ménage et quelques séances de yoga? Qui est donc cette femme qui accepte d’être surveillée 24 heures sur 24 par l’œil inquisiteur d’une domestique austère dont on apprendra assez vite le rôle essentiel dans la vie du chirurgien? Almodovar laisse d’abord planer le doute en distillant ça et là quelques infos puis les choses basculent et tout devient limpide, démoniaque et complètement effrayant.

Alors pourquoi mitigée? Parce que si tout d’abord j’ai eu un mal fou à accrocher et à savoir où Almodovar voulait nous mener (sentiment d’ailleurs renforcé selon moi par l’introduction de scènes grotesques qui n’apportent rien au film notamment celle du retour du fils de la gouvernante déguisé en tigre qui se met à violenter sa mère et à violer notre cobaye), la deuxième partie m’a scotchée autant par la mise en scène taillée au scalpel d’une histoire angoissante pour ne pas dire oppressante que par le jeu impeccable des acteurs. Antonio Banderas retrouve ici pour la deuxième fois avec Almodovar un rôle de kidnappeur beaucoup moins drôle que dans Atame! mais tout aussi obsessionnel. Son leitmotiv : vouloir redonner « corps » à sa femme qui s’est donnée la mort après avoir été grièvement brulée dans un accident de voiture. Son détonateur : le viol de sa fille. Sa proie : le supposé violeur. En clair même si on nage dans le sordide (vengeance, viols, suicides et meurtres), même si on se demande comment il est possible de sortir indemne d’un choc traumatique aussi violent qu’un changement radical d’identité non souhaité, nous spectateur (peut-être parce que l’on est en quête de sensations fortes, de situations peu communes et de beauté visuelle; peut-être aussi parce que l’on aime bien Almodovar) on en redemanderait presque.

En savoir plus :

> La piel que habito synopsis et acteurs

 

Vous aimerez aussi :

Partager sur
A propos de l'auteur

Luzycalor - traduire lumière et chaleur - est le blog d'une petite curieuse adepte de cinéma, musique, littérature et culture urbaine en tout genre. Vaste champ d'investigation isn't it? Parce que si culture s'étale comme confiture, les deux ont en commun un petit goût sucré dont on devient très vite addict. Bienvenue dans mon univers, ce monde vu de ma fenêtre!

14 commentaires
  • aircoba - septembre 4, 2011

    Globalement, je partage ton avis sur la seconde moitié. En fait, c’est surtout que la première partie du film est un peu longuette. On met du temps à savoir où il veut en venir. A partir du moment où on remonte dans le temps, la machine se met en route et j’ai complètement adhéré. Même le moment un peu fou et très grotesque de l’homme-tigre, ça ne m’a pas plus dérangé que ça. Je ne la trouve pas si gratuite, elle apporte quelque chose du point de vue de la mère. La dernière partie, la métamorphose du corps, l’horreur qui se lit sur le visage de l’acteur, est de haute volée. C’est vraiment ça qui m’a fasciné. Et j’adore la fin qu’il nous offre.

    • luzycalor - septembre 4, 2011

      Oui tout comme vous j’avoue avoir aimé la fin. Je ne m’attendais d’ailleurs pas à un tel dénouement pourtant presque normal (j’entends par rapport au reste). Pour ce qui est du tigre, rien à faire, j’ai trouvé cela débile!!

  • Carmadou - septembre 4, 2011

    Nous semblons tous avoir le même avis…

    • luzycalor - septembre 4, 2011

      Oui je vous ai vraiment lu après avoir rédigé mon billet et effectivement j’ai constaté que nous pensions la même chose, scène du tigre incluse :-)

  • potzina - septembre 4, 2011

    J’aurais bien aimé le voir mais il est à peine resté une semaine à l’affiche du multiplexe le plus proche de chez moi. A voir si mon petit ciné d’art et d’essais va le sortir ou pas. Scène débile de tigre ou pas, je suis très interloquée par ce film. Et comme j’aime Almodovar…

    • luzycalor - septembre 4, 2011

      Tu as raison, j’espère pour toi que tu pourras le voir car la scène du tigre n’enlève rien à l’intérêt du film.

  • filou49 - septembre 4, 2011

    voilà enfin un film que j’ai vu et chroniqué (http://www.baz-art.org/archives/2011/08/19/21808119.html), et ma critique rejoint un peu la tienne: première partie un peu décevante, car très stylisée mais manquant de chair, mais la seconde partie, à partir des scènes se déroulant à la soirée cubaine, la machine almodovarienne se met magnifiquement en route pour ne plus nous lacher…
    moi j’ai failli un peu lacher l’affaire lors de la scène de l’homme tigre qui flirte trés trés proche avec le grotesque et le ridicule, mais finalement, à l’aune du film dans son ensemble, je trouve que le génie d’almodovar l’emporte et fait qu’il peut se permettre tous ses excés

  • Isa - septembre 4, 2011

    J’attendais avec grande impatience la sortie de ce film … et depuis, à la lecture des critiques et des billets des bloggeurs, mon intérêt se refroidit.
    Beaucoup de personnes sont sortis de la séance très mal à l’aise … et ça ne m’incite pas du tout..

  • B.Duhamel - septembre 6, 2011

    Bon ben je vais quand même aller le voir, tant pis :)

  • Océane - septembre 6, 2011

    J’avoue, j’ai bien aimé le film, et puis ‘était l’occasion de replonger dans le roman d’origine !

    • luzycalor - septembre 6, 2011

      @ Bruno : Oh non tant mieux, il en vaut la peine 😉
      @ Océane : je pense que maintenant je vais lire le roman.

  • Liten Blomma - septembre 8, 2011

    Depuis « Parle avec elle », que j’avais pourtant beaucoup apprécié, je dois concéder avoir complètement perdu le fil de sa filmographie – et je ne pense pas aller voir celui-là non plus (faute de temps et d’envie surtout). En fait, j’ai toujours marqué une nette préférence pour ses débuts (avec l’esprit de la Movida), et c’est sans doute ce souvenir persistant qui entrave l’intérêt que je devrais lui porter (en cela, ce n’est pas tant Almodovar qui est à blâmer que moi-même, je l’avoue) :).

    • luzycalor - septembre 8, 2011

      Oui je suis assez d’accord, je préférais moi aussi Almodovar à ses début. Pour tout te dire, je me suis plus laissée tenter après une interview de Banderas que je n’y suis allée pour Almodovar lui-même. Au final je ne regrette pas.

  • Fanny - septembre 11, 2011

    je l’ai vu hier, et j’en suis sortie comme tout le monde un peu déboussolée, c’est le mot. Tu as vraiment raison, ce qui est étrange c’est la manière dont il filme un truc complètement fou d’une manière très sereine, et je dirai même très tradi…Il y a des scènes fortes, mais aussi du trivial un peu gratuit je trouve, un peu facile. Même si je comprends la symbolique, notamment pour la scène ambiguë du viol de la fille. Je ne regrette pas de l’avoir vu mais c’est loin d’être son meilleur film, c’est certain.

Laisser un commentaire

Animation : Sébastien Laudenbach

Fil d’infos

Archives