We need to talk about Kevin – Lynne Ramsay

We need to talk about Kevin

Encore une histoire que l’on rumine au sortir de la salle. La couleur rouge comme fil conducteur. Ce rouge vif que l’on voit partout, qui dès le départ augure de la suite. Une foule imaginaire se meut dans de la sauce tomate gluante, le rouge des lumières de la ville jaillit à chaque instant sur l’écran, une peinture rouge écarlate éclate sur les murs de la maison d’Eva. Même au supermarché Eva se cache derrière des boites de soupe à la tomate pour ne pas croiser certains regards. Mais qu’a-t-il donc bien pu se passer dans la vie de cette femme, que l’on devine fragile et qui déambule dans les rues comme un zombie, pour qu’elle se fasse insulter, gifler, molester par ses voisins?

Des flashs de vie s’immiscent : un mari compréhensif, un petit garçon déjà cynique qui grandit en devenant  un adolescent cruel, puis une petite fille adorable, des ambulances, des sirènes, un lycée, des parents en pleurs… L’horreur qui va se dérouler sous nos yeux apparait par bribes et le puzzle se construit petit à petit à travers le prisme d’une mère encore abasourdie.

Dès la naissance de Kevin, Eva et son fils semblent vivre dans un climat d’incompréhension totale. Kevin que l’on suit de sa plus tendre enfance à son adolescence apparaît très vite comme un sociopathe dont le seul objectif consiste à pourrir la vie de de sa mère. Et en la matière le gosse semble avoir plus d’une corde à son arc; image, vous me l’accorderez, plutôt bien choisie puisque c’est aux moyens de ses réels talents d’archer cette fois qu’il finira par décimer quelques lycéens …et plus si affinités.

Que cherche t-il donc? Pourquoi tant de haine? A l’instar d’Eva, ces questions se sont posées à moi tout au long du film. Mais y-a-t-il seulement quelque chose à comprendre? On pourrait tourner des heures autour du rôle de la mère ayant échoué dans son éducation, du manque d’amour ressenti par l’enfant, de son furieux manque de reconnaissance aussi, tant au sein même de sa propre famille qu’aux yeux de la terre entière. Certes le « zéro limite » dont font preuve les parents aurait pu être remplacé par quelques punissions bien senties, d’autant que dans le cas de Kevin plus d’un perdrait franchement patience. Mais ce manque d’autorité ne nous permet pas de comprendre ce qui peut bien se passer dans la tête du gars. Et là arrive le fameux débat autour de l’inné et de l’acquis. Nait-on mauvais ou le devient-on? Si l’on part du postulat que la majeure partie de nos manières d’agir et de penser relève d’un apprentissage social qui s’effectue tout au long de la vie alors effectivement notre supposé sociopathe est définitivement à classer du côté des méchants de naissance, ce d’autant plus que sa sœur astreinte à la même éducation est résolument adorable.

Bref, We need to talk about Kevin est à voir pour l’exceptionnelle performance de Tilda Swinton (eh oui Filou elle méritait peut-être bien la palme cette année à Cannes), pour le face à face hallucinant aussi entre la mère et le fils (rôle que campent trois acteurs différents). Pour le reste, cette visite à travers les arcanes de l’angoisse maternelle et la manière d’y répondre finissent par tomber à plat tant on a du mal à y croire.

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A propos de l'auteur

Luzycalor - traduire lumière et chaleur - est le blog d'une petite curieuse adepte de cinéma, musique, littérature et culture urbaine en tout genre. Vaste champ d'investigation isn't it? Parce que si culture s'étale comme confiture, les deux ont en commun un petit goût sucré dont on devient très vite addict. Bienvenue dans mon univers, ce monde vu de ma fenêtre!

16 commentaires
  • Liten Blomma - octobre 2, 2011

    Glaçant à première vue… Ca me rappelle la série des « Damien » ! :)

    • luzycalor - octobre 2, 2011

      Glaçant totalement en fait! C’est quoi la série des « Damien »? Je ne connais pas et je ne trouve pas sur le web.

      • Liten Blomma - octobre 2, 2011

        « Damien »… « La Malédiction », tu sais ? (je préfère le premier volet, avec Gregory Peck). Je ne sais pas pourquoi, ça m’y a fait penser ! En ce moment, je ne regarde plus que cela… des films glaçants : fantastique, thriller, horreur, survival, des films qui me mettent dans un état particulier (histoire de revivre quelques terreurs enfantines) 😉

        • Liten Blomma - octobre 2, 2011

          Je trouve que Tilda Swinton a quelque chose de très particulier dans l’expression (les traits de son visage, dans doute). Je ne la connaissais pas du tout…. j’aime beaucoup quand une actrice sort du lot de la sorte. Oui, je la trouve vraiment très belle !

        • luzycalor - octobre 3, 2011

          Non je ne connais pas mais du coup ces quelques indications me permettront davantage de me renseigner 😉
          Moi aussi j’aime bien de temps en temps me plonger dans ces univers, mais pas trop longtemps quand même car ils sont quelque peu anxiogènes.
          Quant à Tilda Swinton, elle est tout simplement magnifique. Il se dégage quelque chose d’incroyable de cette femme, un charme, un charisme hors du commun.

  • My Little Discoveries - octobre 2, 2011

    Bon, pour une fois j’avoue que j’ai sauté certains paragraphes car je ne voudrais pas trop en savoir sur l’histoire avant de lire le roman! Je l’ai acheté il y a deux semaines mais je ne l’aurai pas lu avant que le film sorte au ciné, du coup je pense que je passerai mon tour pour l’adaptation…

    • luzycalor - octobre 3, 2011

      Ou pas. Peut-être finalement après lecture auras-tu envie de voir l’adaptation au ciné 😉

  • filou49 - octobre 2, 2011

    Personnellement j’avais vraiment adoré le livre que j’avais trouvé trés trés fort dans sa construction, le thème jamais abordé sous cet angle, et aussi et surtout les questions qu’il posait, et notamment celles que tu soulèves sur l’inné et l’acquis chez les socipathes/psychopates… mais si évidemment, dans le bouquin, l’éducation et le conditionnement social avaient donc une incidence minime, je ne pense pas que l’auteur cherchait à généraliser et soulever une doctrine sur l’eugénisme… de toute facon dans une fratrie, il y a tellement de différences de caractères pour une éducation presque similaire (bien qu’on n’élève jamais totalement ses enfants exactement pareil j’en conviens) que l’éducatif n’est pas le seul paramètre qui entre en ligne de compte….
    bref, la matière même du livre était absolument passionnante… je n’ai pas vu le film et ne suis pas sur d’y aller, mais je me suis laissé dire qu’il souffrait un peu de tics esthétisants et visuels pas forcément indispensables…. j’avoue que n’étant pas un fou des mise en scène trop voyantes et flashys, cela pourrait me bloquer quelque peu…

    • luzycalor - octobre 3, 2011

      Tout à fait d’accord, et je pense aussi que tout ne relève pas de l’éducation. Cela me donne envie de lire le livre qui doit sûrement creusé le sujet. Quant aux effets esthétisants et visuels, c’est drôle moi je les ai plutôt aimés. Je n’ai pas eu l’impression qu’is étaient là uniquement pour orienter grossièrement le spectateur, je les ai trouvés fort à propos. Bref, cela ne m’a pas géné. Mais toi qui (si j’ai bien tout compris) est un grand fan de Tilda, c’est quand même un peu dommage que tu rates sa prestation. Elle est vraiment remarquable dans ce film.

  • potzina - octobre 3, 2011

    J’ai très envie de le voir car j’aime énormément Tilda Swinton. Et le sujet me fascine totalement. Je me suis souvent posée la question du ressenti des parents, de la famille et des ami(e)s après des tueries comme celle de Columbine ou celle de Oslo cet été. Qu’est-ce qui se passe dans la tête des proches ? Comment vivre en sachant qu’on a mis au monde une personne qui a massacré des innocents ? Les parents doivent se demander à perdre la boule ce qu’ils ont fait de mal. Atroce.
    C’est sûr qu’un film de fiction sur ce sujet doit soulever plus de questions qu’il n’apporte de réponses mais c’est pas mal quand même. Enfin je crois :)

    • luzycalor - octobre 3, 2011

      Oui c’est sûr mais je pense aussi qu’un enfant reste un enfant et qu’on ne peut s’empêcher de l’aimer au-delà de la souffrance morale. La fin d’ailleurs est étonnante! Je ne t’en dirai pas plus…

  • Nymphette - octobre 5, 2011

    Je vois que nous sommes assez d’accord sur ce film. J’avoue que d’avoir lu le livre change un peu la donne, on voit un peu mois les raccourcis!

  • aircoba - octobre 31, 2011

    Ce film a été un cauchemar pour moi. J’ai trouvé ça nul de bout en bout ou presque. Pas grand chose à sauver de mon côté. Les acteurs se débattent tant bien que mal mais la réalisation est nulle et prétentieuse. Si on enlève la construction éclatée pseudo-source d’un pseudo-suspense, y’a franchement pas grand chose. Une caricature du psychopathe (j’y crois pas une seule seconde) qui regarde fixement ses parents et qui tue des animaux. Et après quoi, on doit réfléchir à la cause du mal qui l’habite ? Non sans déconner moi je peux pas. Je trouve ça franchement très maladroit, plein de raccourcis et blindé d’effets visuels lourdingues.

  • steph - avril 2, 2012

    bonjour,
    je jette une bouteille à la mer… la dernière scène n’est que peu traitée par toutes celles et tous ceux qui commentent ce film. elle est surprenante et donne un éclairage pour le moins troublant, sur la mère…

    question : et si le sociopathe n’était pas celui qu’on croit ?

    • luzycalor - avril 2, 2012

      Bonsoir Steph,

      Merci pour ton commentaire et ton passage. Pour tout te dire je ne me souviens plus trop de la fin, j’ai vu ce film il y a moment déjà. Ce que je comprends en te lisant c’est que tu laisses penser que la vraie psychopathe serait la mère, peut-être mais le fils est clairement un vrai tordu ça j’en me souviens bien.

  • Aurore - juillet 11, 2012

    Effctivement l’un des films qui m’a marquée en 2011.

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