Shame – Steve McQueen

Shame de Steve McQueen

Je sors de ce film noir un peu réservée. Un homme au corps parfait entièrement nu se lève de bon matin. Il passe de la chambre à la cuisine, va pisser porte grande ouverte (normal il est chez lui et il n’y a personne), se branle sous sa douche. Le téléphone sonne, une femme le harcèle sur son répondeur. Il est agacé, ne décroche pas, s’habille, se rend à son travail. Visiblement il occupe un poste de cadre dans une grande entreprise. Univers glacial, personne ne déconne. Lui même a l’air de s’ennuyer à mourir. Son ordinateur vient d’être réquisitionné. Il semble avoir été parasité (très vite on comprendra que l’origine du bug provient du chargement de sites pornographiques). Puis Brandon (c’est son prénom) se rend aux toilettes. Plusieurs fois par jour il y assouvie ses pulsions sexuelles. De retour à la maison, il allume son ordinateur portable et se connecte sur des tchats de filles à poil qu’il regarde s’effeuiller devant lui. Le lendemain il recommence. La vie de ce sex-addict semble rythmée par sa libido exacerbée qui le trahit et fait de lui un peu plus chaque jour un homme qui se méprise, le regard perdu, submergé par la tristesse et la honte, embringué dans une mécanique implacable qui le conduit à trouver en permanence de nouvelles proies (lorsque ce n’est pas sa main, ce sont des putes ou bien des femmes qu’il drague dans les bars et les couloirs du métro). La caméra de McQueen scrute cet homme dans ses moindres gestes les plus intimes, ne le lâche pas d’une semelle. Et cette manière de filmer m’a un peu ennuyée par moment. Un plan-séquence interminable de Brandon entrain de faire du footing en pleine nuit au cœur de New-York, une scène de jouissance en temps réel, la sœur du héros chantant New-York New-York en intégralité dans un cabaret, le tout paraît parfois s’étirer en longueur en prenant un malin plaisir à mettre le doigt sur la vacuité de deux existences. Oui, parce Brandon a une sœur donc. La voix du répondeur. Un brin de femme scarifiée, puérile qui vient s’installer chez lui sans y être invitée et devient alors un œil inquisiteur toujours à deux doigts de la moquerie. Pour autant, rien à lui envier à elle non plus. Elle est aussi paumée que lui. Dans la même misère affective.

Leur histoire? On la devine sordide mais le spectateur n’en apprendra pas beaucoup plus. Il va juste se trouver embarqué dans une véritable descente aux enfers. Que dénonce le cinéaste ici? La société de consommation et ses dérives comprenant notamment le commerce du sexe et son accès rendu aisé via le web? Ou encore le fait que la société capitaliste et la solitude qu’elle engendre parfois sont à l’origine d’une forme de misère, si ce n’est économique dans ce cas précis, en tout cas sexuelle?

Brandon pourrait être Patrick Bateman le Golden Boy d’American Psycho (la cruauté en moins) ou encore le Harry du Démon de Hubert Selby Jr. En tout état de cause un individu déjà rencontré au détour de certains romans avec plus ou moins de relief et d’intérêt. Intérêt qui, en ce qui me concerne, a été un brin limité sur ce coup là. Et vous qu’en avez-vous pensé? Je serais curieuse de recueillir quelques avis sur le sujet.

Crédit photo : DR

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A propos de l'auteur

Luzycalor - traduire lumière et chaleur - est le blog d'une petite curieuse adepte de cinéma, musique, littérature et culture urbaine en tout genre. Vaste champ d'investigation isn't it? Parce que si culture s'étale comme confiture, les deux ont en commun un petit goût sucré dont on devient très vite addict. Bienvenue dans mon univers, ce monde vu de ma fenêtre!

33 commentaires
  • aircoba - décembre 11, 2011

    J’en pense exactement la même chose. Ca m’a laissé sur ma faim, de très belles séquences en cotoient d’autres interminables (j’ai eu trois fois envie de me barrer pendant « New York New York »). Le propos me paraît trop mince par rapport à ce que m’offre le film en contrepartie : une mise en scène propre et appliquée, une fin ouverte assez convenue. Au final, c’est un peu beaucoup trop ennuyeux.

    • Luzycalor - décembre 11, 2011

      Tu as été le voir toi aussi? C’est amusant. La séquence de la sœur chantant New York New York a été un calvaire également :-) Quelques scènes m’ont émue mais globalement je comprends assez peu le pourquoi de toutes ces critiques élogieuses. Au final c’est effectivement un peu, beaucoup, trop ennuyeux.

      • aircoba - décembre 11, 2011

        Ouais je l’ai vu samedi aprem au Max Linder (je me faisais pourtant une joie de retourner dans ce cinéma). J’espère que le Cronenberg me décevra pas. Y’a plus que celui-là que j’attends cette année.

        • Luzycalor - décembre 11, 2011

          Moi aussi je tiens absolument à le voir. D’ailleurs le Beau Fassbender y joue le rôle de Jung. Note qu’il est très bon dans Shame, c’est le film qui est ennuyeux.

          • aircoba - décembre 11, 2011

            Il est absolument parfait. T’façon des longs plans comme McQueen les fait, centrés sur un personnage, si l’acteur est pas impeccable, c’est difficilement supportable. C’est pour ça que j’attends beaucoup du Cronenberg. Mortensen, Fassbender et la charmante Keira Knightley, ça promet.

  • Delph - décembre 11, 2011

    Je souhaite le voir mais ton avis et celui de Aircoba me refroidi.

  • Fanny - décembre 11, 2011

    J’ai le même avis que toi sur ce film. En plus, j’avais pris la séance de 22h, autant te dire qu’il a fallu se concentrer pour ne pas s’endormir… Je n’ai pas compris la longueur de tous ces plans, j’aurais aimé en savoir plus sur l’histoire des deux personnages, comprendre au lieu d’assister deux heures durant à l’impuissance du mec face à son addiction. Que dire de la scène avec les deux nanas, interminable, là effectivement on comprend bien l’idée de lassitude. Et ensuite, le gore succède au trash… mais au nom de quel scénario ? Une vraie déception pour moi, surtout qu’il y avait d’excellentes critiques et que le sujet pouvait mener à autre chose.

    • Luzycalor - décembre 11, 2011

      Je suis entièrement d’accord avec ton analyse.

  • Anthony - décembre 11, 2011

    Pas vu, mais ça me tente bien malgré tout

    • Luzycalor - décembre 11, 2011

      Ah bon, pourquoi? 😉

  • ogressedeparis - décembre 11, 2011

    J’ai hésité hier soir, finalement je suis allée voir the lady…

    • Luzycalor - décembre 11, 2011

      Et alors, c’est bien ça? Hum je suis pas une grande fan de Besson.

  • Violette - décembre 12, 2011

    Bon je ne l’ai pas encore vu, mais j’ai quand même très envie d’y aller!
    A suivre… (au pire il y a quand même Michael Fassbender donc bon… ahum…)

    • luzycalor - décembre 12, 2011

      Oui je vois 😉 Acteur que je ne connaissais pas avant de voir ce film et qui gagne à être connu.

  • Le chat masqué - décembre 12, 2011

    Pas encore vu ! j’aime beaucoup ton article, bien pensé…
    je te laisse un commentaire cette semaine lorsque je l’aurai vu !

  • yakoob - décembre 12, 2011

    voici mon interprétation, je crois que le film a voulu montrer un homme, brandon avec bien sur une addiction au sexe: porno sur internet, masturbation, histoire d’un soir ( il ne répond jamais au téléphone quand ses aventures d’un soir veulent on imagine commencer une relation plus sérieuse) et prostitution. il utilise pour ça beaucoup internet et vit son addiction de manière trés insouciante , sans que cela n’impacte sa vie professionnelle (son travail est très apprécié par son boss même si son pc de bureau est plein de film porno, il semble aussi capable de sociabilité, on ne sait pas s’il a des amis et il présente « bien »),aussi il vit seul et il évite la relation couple, il ne crois pas au mariage, car pour lui c’est irréaliste et donc son addiction semble lui servir d’alternative viable et contrôlable (pas de sentiment) pour satisfaire le coté sexe, sensation, etc… L’apparition de sa soeur va lui faire perdre cette « insouciance » car il va prendre conscience du mal à travers la grande souffrance de sa soeur qui est « l’histoire d’un soir » d’autres hommes dont son boss (marié avec enfant) eux comme lui la rejete, Elle connait l’addiction au sexe de son frère (porno sur son pc et elle le surprend en train de se masturber) mais elle ne le rejète pas, elle aime son frère quand même, lui il l’a rejete car il ne supporte pas ces intrusions et il lui fait des reproches sur son comportement avec son boss pére de famille , bref l’un et l’autre se reproche leur travers, il insiste elle doit partir. aussi Il a beau balancer son ordinateur et tout ses film porno à la poubelle et tenter une relation de couple avec une collègue de bureau il bloque et reviens à son addiction qui jusque la était cantonner en partie sur le web et donc à peu près sous « contrôle », la elle se matérialise complètement dans ses virées nocturnes et de la même manière que sur le net, sans limite,mais la de manière limite suicidaire, comme elle. Sa soeur et lui ont je pense pris conscience de leur actes, du piège de l’addiction, et de la souffrance que cela pouvait engendrer.

    Donc voila ce que j’ai compris du film, bon j’imagine que chacun interprète à sa façon et avec ses paramètres ce type de film ouvert à l’interprétation, perso j’y ai même vu un coté Adam et Ève avec New-York dans le rôle de la grande pomme, les deux principales acteurs faisant leur entrée nue,… mais de toute façon ce film m’a intéressé, c’est bien filmé, les acteurs sont plus que crédible, je ne savais pas ce que j’allais y trouver mais je ne suis pas déçu.

    • Luzycalor - décembre 12, 2011

      :-) Géniale interprétation. Merci!

  • Une fille à Paris - décembre 13, 2011

    Une déception donc? Vu ce que tu en décris, je n’irai pas le voir je pense:

    • Luzycalor - décembre 13, 2011

      Je ne dirais pas déçue vu que je n’en attendais pas grand chose à la base, je dirais juste que ça ne m’a pas emballée.

  • filou49 - décembre 14, 2011

    bon moi j’hésite fortement à le voir… le sujet et les critiques dans l’ensemble trés favorables font trés envie, mais ta critique et d’autres choses que j’ai pu lire à ce sujet font pencher la balance de l’autre coté… ‘noublions pas que mac queen est un plasticien à la base, et donc sa finalité est plus de produire un trés bel objet artistique plutot qu’un film avec de vrais enjeux narratifs forts;;; Hunger m’avait déja semblé un bel objet, mais froid et désincarné… je pensais que grace à la performance de l’acteur principal, le film serait plus incarné, mais il n’est pas sur que donner de l’épaisseur aux personnages intéresse réellement le réal… à voir…
    pour le Cronenberg, je ne pense pas qu’il faille attendre monts et merveille, les critiques sont trés décues dans l’ensemble…
    c’est des vents contraires qu’il faut aller voir pour la fin 2011 niveau émotion et densité des personnages…
    bonne soirée Luzy

    • luzycalor - décembre 14, 2011

      Le Cronenberg, ne serait-ce que par l’histoire, m’intéresse quand même et je compte me faire un avis sur le sujet. Quant à « Des vents contraires » j’irai sans doute le voir aussi si je trouve le temps. Magimel, depuis La pianiste, est définitvement rentré pour moi dans la catégorie des bons acteurs français.

  • aircoba - décembre 14, 2011

    Le premier film (« 24 mesures ») de Jalil Lespert était à moitié raté pour rester gentil même s’il y avait un début intéressant et une certaine esthétique qui s’en dégageait. Mais l’ensemble peinait à vraiment prendre forme. C’est dommage qu’il ait pas su dérouler le fil. Du coup je suis vraiment curieux de voir « Des vents contraires ».

  • Alexis - décembre 14, 2011

    Hello,

    Je suis personnellement très fan du film,
    Mais en effet, je peux comprendre le point de vue de le trouver « long »,

    Beaucoup de plans séquences qui traînent, mais c’est aussi ça la force du film, dérouter le spectateur sur ce trentenaire parfait en apparence mais qui cache quelques cadavres dans son placard.

    La scène du restaurant est très représentative de ce personnage brisé et anéanti, celle du footing est interminable et magnifique, la BO emporte le spectateur dans les émotions du personnages, émotions qu’il cache au fin fond de son âme.

    Le fait de faire suivre l’intrigue du « pourquoi » au spectateur et de finalement lui donner une leçon à la fin du film en le laissant sur sa fin, lui montrant qu’il n’a pas suivi le bon chemin est à mon goût une allégorie de la vie de Brandon. Un personnage qui a suivi une voie mais qui au bout du compte s’est complètement trompé et est enfermé dans une boucle infernale (cf le nombre de cicatrices de sa soeur)

    Dans un sens, Mc Queen joue avec le spectateur à l’image d’un Nolan, et la réal est à mon goût parfaite pour ce genre de film, même si il faut concéder que c’est le genre de film qui ne s’adresse pas au grand public

    A.

    • aircoba - décembre 14, 2011

      Je comprends pas le parallèle avec Nolan, à quel moment il joue avec nous ? En fait je vois pas en quoi McQueen nous fait suivre l’intrigue du « pourquoi ». Ca peut être l’envie du spectateur, de savoir pourquoi, mais c’est aucunement nourri par le film. A aucun moment, il nous embarque sur cette voie-là. A part supposer que leur enfance a pas été très heureuse, on sait rien. Et à aucun moment il est question de ça. C’est juste un mec pris dans une addiction, hyper seul, isolé (son appart a la tristesse de l’éternel célibat). Sa soeur vient foutre le bordel dans son déséquilibre hyper bien équilibré en façade. Sa routine vole en éclats. Le mec souffre, ça se voit. Il lutte contre ses pulsions mais elles le rattrapent. Pour moi c’est juste un film sur l’addiction. La fin laisse à penser qu’il va se prendre en main. Les pessimistes ou les déterministes peuvent penser qu’il va replonger et qu’il s’en sortira jamais. Je trouve tout ça un peu convenu. Même s’il y a des qualités de mise en scène et que c’est bien joué. Enfin moi à aucun moment j’ai eu l’impression que McQueen jouait avec moi, le propos est très linéaire (trop d’ailleurs) et il déroule son fil sans bouger d’un iota. Toi tu as eu l’impression que le réalisateur jouait avec toi ?

      • Alexis - décembre 15, 2011

        Hello,

        Le parallèle était un peu foireux mais je reste convaincu que McQueen nous fait courir au long du film après la quête de l’origine de son mal, et le spectateur le suit avec naïveté. Je trouve que le film laisse jouer l’ambuiguité assez fortement avec par exemple le fait qu’ils changent de version sur leurs origines continuellement, ce message de fin qui laisse perplexe sur le « we’re not bad people, we just came from the wrong place ». A mon goût, le réal nous amène dans la voie de l’origine de cette situation.

        Après « jouer » est un terme fort je le concède, mais il laisse volontairement l’ambiguïté pour laisser le spectateur qui trop formaté par une fin du film qui ferme le livre, ici d’un coté on comprend que le sujet du film n’est pas l’origine, et que son avenir n’est pas tracé (pas de parti pris du réal sur la fin).

        Quant a la fin du film qui m’a évoqué ce parallèle douteux, on ne sait pas trop, les cicatrices nombreuses sur le bras de sa sœur, la scène du métro qui n’est pas tranchée entre un changement ou une continuité, le réalisateur laisse la fin ouverte mettant en exergue que le film n’est pas forcément un récit exceptionnel, mais juste une tranche de vie de Brandon.

        L’impression de retour à la case départ était ce qui a marqué le film à mon goût, une sorte de cercle infernal dont il ne sortira pas.

    • Luzycalor - décembre 14, 2011

      Là j’avoue que je suis entièrement d’accord avec Aircoba et que je n’aurais pas dit mieux. En plus moi je rentrerais plutôt dans la catégorie des pessimistes qui pensent qu’il va replonger. On ne sort malheureusement pas tout seul d’une telle addiction. Un film que pour ma part je trouve sans grand intérêt. Par contre je m’interroge à la lecture de toutes ces critiques positives. Aurais-je raté quelque chose? Les différences énormes de perception me fascinent toujours.Un film qui fait parler de lui en tout cas!

  • Cleophis - décembre 22, 2011

    C’est dommage de constater qu’il n’y a pas de vraie fin. C’est un sujet qui m’intéresse beaucoup, je le verrai quand même mais du coup, j’ai peur de rester sur ma faim…

  • Nymphette - décembre 23, 2011

    La scène du jogging est sûrement ma préférée, j’ai bien aimé cette vue-là de NY. Pour l’ensemble du film, comme toi, je suis restée un peu sur ma faim, sans vraiment comprendre ce que l’on voulait nous dire (à part que cet acteur a un corps parfait!). Et le pire c’est quand je lis les critiques de la presse qui parle de sensualité là où je n’ai vu que douleur!

    • Luzycalor - décembre 23, 2011

      Pas vu Requiem for a dream. Sinon je suis assez d’accord pour parler de douleur et non de sensualité. D’ailleurs honnêtement ce film est tout sauf sensualité.

  • Nymphette - décembre 23, 2011

    Ah au fait, sur l’addiction, j’ai nettement préféré « Requiem for a dream »!

  • Carmadou - janvier 9, 2012

    Nous n’avions pas vu, nous avions donc gardé le silence. Le film nous a bouleversé, captivé… la mise en scène est d’une justesse impeccable, c’est un portrait remarquable sur l’addiction et la solitude qu’elle engendre, nous en lui avons vu que des qualités même si il est vrai que le New York, New York… mais en même temps son interprétation est à la hauteur de son état psychique!

  • mike - avril 15, 2012

    moi perso j ai adore.Qu avez-vous compris sur la fin du film avec la femme dans le metro?

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