Eternal Sunshine of the Spotless Mind – Michel Gondry

Eternal Sunshine of The Spotless Mind

Oui je sais, en ce moment je ne fais pas dans le film d’actualité. Mais qu’importe finalement, il n’est jamais trop tard pour rattraper une erreur de jugement ou tout simplement pour combler l’absence de regard sur une œuvre qui n’a pas fait immédiatement écho. Pourtant Eternal Sunshine of the Spotless Mind aborde un sujet passionnant : l’oubli comme (potentielle) source de bonheur ou tout au moins comme remède à la souffrance. Et de fait qui n’a jamais rêvé après un échec amoureux, un deuil douloureux, un chagrin lancinant que son cerveau (ne serait-ce qu’un instant) se déconnecte de la réalité, se mette en mode « pause » voire évacue précipitamment le tourment? La solution ultime consiste d’ailleurs pour quelques-uns à se donner la mort là où la plupart apprennent à apprivoiser leur douleur et gérer leurs émotions. Beaucoup en sortent grandis, d’autres définitivement meurtris mais tous en réalité savons que ces étapes, si difficiles soient-elles, constituent notre histoire et font de nous les individus que nous sommes doués de sentiments plus ou moins bons. Existe t-il des souffrances qui méritent d’être effacées des mémoires? Je n’en sais rien et je me garderai bien d’être catégorique à ce sujet n’ayant pas connu d’histoire personnelle que je qualifierais de hors norme. Ce que je pense en revanche c’est que lorsqu’il s’agit de relations individuelles affectives (quelle qu’en soit la nature) « effacer » serait s’amputer d’une partie de son existence, vivre comme des robots et donc paradoxalement ne pas se laisser une chance de connaître (à nouveau) le bonheur qui résulte aussi de l’apprentissage à surmonter les difficultés de la vie. Le bonheur se construit, il est fondé sur des principes empiriques d’expériences plus ou moins douloureuses qu’il faut apprendre à dépasser. Attention encore une fois il n’y a chez moi aucun jugement sur la capacité plus ou moins grande qu’ont les individus à surmonter leur peine mais juste un ressenti personnel.

Bref, je m’égare. A la fois c’est aussi la réflexion que m’a inspirée ce très bon film dont l’idée ne peut qu’interpeller. Aurais-je envie d’effacer certains épisodes de ma vie, notamment une si jolie histoire d’amour comme celle de Joël et Clémentine sous le prétexte qu’elle a fini par s’user et se déglinguer? Non. Du plus beau au plus pénible, je revendique tous mes souvenirs affectifs et aurais bien peur de les perdre.  Oublier les moments privilégiés de son existence c’est perdre le goût des autres, l’odeur de leur corps, toutes les petites joies partagées, tout ce qui fait qu’une rencontre est unique et rend la vie plus belle. Même si le risque est qu’un jour tout s’achève, je préfère le courir plutôt que de vivre une vie sans relief, sans mémoire, sans souvenir. Car quand les souvenirs s’effondrent que reste t-il? Poussé à l’extrême Se souvenir des belles choses de Zabou Breitman fut pour moi une excellente illustration de ce vide intersidéral.

Vide intersidéral que Joël lui va finir par refuser (bien que consentant au départ car se sentant trahi) alors qu’à l’inverse Clémentine a déjà accepté l’expérience de l’oubli pour pouvoir tourner la page. Et voici le spectateur plongé dans une structure narrative complexe où « la machine à effacer la mémoire » va déloger à rebours de la tête de notre héros tous les éléments de vie du couple du plus douloureux au plus magique. Plongé au coeur des arcanes cérébrales de Joël Barish, nous luttons avec lui pour protéger sa belle histoire, nous flirtons avec son instabilité, parfois en proie à l’absurdité de situations Lewis Carolliennes où il s’agrippe tant bien que mal à des souvenirs d’enfance dans lesquels il projette sa bien-aimée pour l’écarter de tout oubli.

C’est beau, poignant parfois étrange, surprenant mais jamais absurde. Jim Carrey dans le rôle de Barish, ce personnage timide, émotionnellement renfermé mais extrêmement sensible y est bouleversant. Loin des rôles de bouffon qui lui collent parfois (à tort) à la peau, il arrive à donner à cette histoire d’amour un relief incroyable, une force, une tendresse telle qu’on ne peut que lui souhaiter de ne surtout pas oublier. Et que dire de Kate Winslet dans le rôle de la pétillante Clémentine si ce n’est qu’elle est tout aussi attachante. Un très joli film à ne pas rater.

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A propos de l'auteur

Luzycalor - traduire lumière et chaleur - est le blog d'une petite curieuse adepte de cinéma, musique, littérature et culture urbaine en tout genre. Vaste champ d'investigation isn't it? Parce que si culture s'étale comme confiture, les deux ont en commun un petit goût sucré dont on devient très vite addict. Bienvenue dans mon univers, ce monde vu de ma fenêtre!

21 commentaires
  • Touteouïe - janvier 24, 2012

    Très belle analyse pour un film qui l’est tout autant. Des acteurs plus qu’à la hauteur et un scénario original, très bien mis en image. J’adore ce film au titre imprononçable! :)

    • luzycalor - janvier 25, 2012

      La traduction française du titre vaut aussi le détour :) Merci pour le compliment en tout cas.

  • Le Journal de Chrys - janvier 24, 2012

    J’avais beaucoup aimé ce film!!!!!

  • Fanny - janvier 24, 2012

    L’un de mes films préférés, de la poésie à l’état pur.

  • My Little Discoveries - janvier 24, 2012

    Je crois qu’il faudrait que je revoie ce film pour l’apprécier car « il me semble que » je l’avais vu au ciné, ce qui montre qu’il ne m’avait pas beaucoup marqué…;o)

    • luzycalor - janvier 25, 2012

      Peut-être n’as-tu pas été sensible au charme de l’histoire? Moi je la trouve incroyable cette histoire!

  • Liten Blomma - janvier 24, 2012

    Très bel article, au point de regretter que tu aies écrit « Bref, je m’égare » car il n’en est rien. Au contraire, tout y est magnifiquement bien dit et formulé. Depuis que le FBI a clôturé le site de MegaUpload, je n’arrive plus à visionner aucun films sur des plate-formes comme Megavideo ou Videobb. Contrairement à « Se souvenir des belles choses », que j’ai trouvé splendide, si sensible, je n’avais jamais entendu parler de « Eternal Sunshine of the Spotless Mind ». D’où ma déception si je n’arrive pas à le voir sur internet. A bientôt.

    • luzycalor - janvier 25, 2012

      Merci Liten Blomma. Communique-moi ton mail en m’écrivant à cette adresse : luzycalor1@gmail.com, tu auras peut-être la surprise de le voir plus tôt que tu ne crois :)

  • aircoba - janvier 24, 2012

    Ce cher Joël Barish… J’adore le moment où il dit : « On attache beaucoup d’importance au sable, alors qu’en fait ce ne sont que des touts petits cailloux minuscules ». Tout est dit.

    • luzycalor - janvier 25, 2012

      Bonjour Aircoba,
      Attachement personnel à Barish je vois :) Je t’avoue que j’ai entendu cette citation de sa bouche mais ne me souviens plus du contexte exact dans lequel elle s’insère. D’où ma difficulté à l’expliquer. Honnêtement je ne sais pas trop quoi en penser. Je me prête donc à quelques interprétations « maison » : Est-ce qu’elle signifie que l’on se fait une montagne de biens petites choses? Auquel cas on peut y voir quelque chose de positif du type « il faut foncer » ou à l’inverse de négatif comme « la vie est faîtes de choses sans importance ». Pour ma part je préfère l’inverser et en faire une métaphore de vie. Si l’on attache beaucoup d’importance au sable alors qu’en fait ce ne sont que de touts petits cailloux minuscules c’est très sûrement parce que ces petits grains de sables (que j’associe aux évènements de la vie et rencontres que l’on fait) forme une histoire dans sa globalité avec toute l’importance que l’on peut lui accorder. Et toi qu’en penses-tu?

      • aircoba - janvier 25, 2012

        On attache trop d’importance à plein de choses alors qu’en fait ces choses ne sont vraiment pas grand chose. Tout dépend du regard, de sa position, de ce qu’il y a à côté de la chose, etc.

        On fait aussi des paquets (« le sable ») au détriment des individus (« les petits cailloux »). Il y a les femmes, les hommes, les petits, les gros, les jeunes, les parents, les célibataires, les enseignants, les pour, les contre, les machins et les trucs. Moi j’aime bien le minuscule, j’aime bien celui qui change de classe, de catégorie, l’individu ça m’intéresse plus que le collectif. Je préfère le caillou au sable.

        Et je pense aussi que la vie est faite de petits rien, de souvenirs, de fantasmes, d’une main qui traîne négligemment sur une autre, d’un fauteuil déglingué d’où on écoute un morceau de blues et de plein d’autres trucs qui font le quotidien. La vie c’est juste une suite de petits riens qui comptent. Pas besoin d’accomplir de grandes choses pour que la vie vaille la peine d’être vécue.

        A la volée comme ça, voilà ce que j’en pense.

  • filou49 - janvier 24, 2012

    Effectivement une belle analyse d’un film que j’avais vu et beaucoup aimé à sa sortie, le seul de Gondry que j’apprécie vraiment les autres étant trop « barrés » à mon goût. celui là est extremement riche et pertinent dans le fond et dans la forme.
    Cela dit, comme Liten Blomma, j’avoue que  » se souvenir des belles choses » sur un sujet similaire m’avait plus bouleversé, sans doute car l’approche est plus rationnelle et moins SF
    très bonne soirée à toi

    • luzycalor - janvier 25, 2012

      Merci du compliment. J’avoue que « Se souvenir des belles choses » reste aussi pour moi un grand moment de cinéma. Beaucoup de larmes et d’émotion. A bientôt.

  • The Beauty Test - janvier 24, 2012

    j’ai vraiment envie de voir ce film !!

  • mathilde. - janvier 25, 2012

    J’adore ce film !!

  • Violette - janvier 25, 2012

    Très bel article qui me donne envie de revoir ce film.
    J’avoue que j’ai souvent envie d’effacer beaucoup de choses de ma mémoire, même si dans le fond je suis plutôt d’accord avec toi…

    • luzycalor - janvier 25, 2012

      Merci Violette et à bientôt.

  • ogressedeparis - janvier 25, 2012

    Un film magnifique qui m’avait beaucoup marquée. Tu as raison, on peut parler aussi de films et de livres sortis il y a longtemps, il n’est jamais trop tard pour faire de belles découvertes!
    PS: les épisodes douloureux nous construisent, alors non je n’effacerai rien

  • potzina - janvier 25, 2012

    Bonsoir luzycalor ! Tout comme mes prédécesseurs, je te félicite pour ce très bel article qui ne peut que donner envie de voir le film.
    C’est un de mes films de Gondry préférés, probablement parce que la fleur bleue qui sommeille en moi a été comblée par tout ces chambardements émotionnels ! Tu me donnes très envie de le revoir, tiens !
    Bonne soirée !

  • Nom de Zeus, fabuleux ! - janvier 25, 2012

    Bravo ! quel article :)

  • Anthony - janvier 29, 2012

    Moi aussi je l’avais beaucoup aimé. Et comme je ne suis pas très DVD, je ne l’ai pas revu depuis, mais je crois que j’aimerais beaucoup.

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