Faust – Alexandr Sokourov

Faust

Le film commençait lui plutôt bien. Un miroir en lévitation flotte délicatement dans les limbes. Est-ce le paradis, est-ce l’enfer? La caméra descend, surplombe un village médiéval et pénètre dans l’officine de celui que l’on comprend très vite être Faust. Gros plan sur le sexe flasque d’un homme…un cadavre. Le Docteur Faust et son assistant Wagner fouillent copieusement dans les entrailles du macchabée en putréfaction pour tenter de découvrir les mystères de l’âme humaine. Les tripes suintent et glissent visqueusement du corps syphilitique. Quel univers! Encore une fois je me laisse séduire par cette surprenante succession de tableaux animés, non sans rappeler l’oeuvre des peintres flamands, aux effets inquiétants renforcés par l’utilisation de filtres vert de gris. Le film est beau et le restera du début à la fin. Je suis immédiatement conquise. Qu’à cela ne tienne et c’est regrettable, je vais en ressortir presque aussitôt. Les images se contorsionnent, les mots jaillissent en tout sens en allemand, les dialogues elliptiques offrent une place considérable à l’évasion de mon esprit qui à ce moment précis semble franchement disposé à en saisir l’opportunité. Loin de me galvaniser l’étrangeté me faire peur, pire me dégoûte. Faust est incroyable, Mephisto repoussant. Un diable représenté comme une bête ridicule, en proie à des troubles gastriques après ingestion de ciguë, déféquant dans une église, offrant la vue de son corps nu assexué et déformé à de jeunes femmes amusées dont la sublime Gretchen objet du pacte faustien. Suivre les pérégrinations du fameux Docteur et de son acolyte (terme délibérement impropre) Cornu m’a juste ennuyée. Serais-je passée à côté de quelque chose? J’en ai bien peur mais ma sensibilité n’a pas franchi le cap.

De Goethe je n’ai lu que les Affinités Electives et surtout les Souffrances du Jeune Werther qui ne m’ont jamais quittées. Au moins le film m’aura t-il donné l’envie de me pencher sur la lecture de ce conte allemand populaire écrit sous la plume du romancier.

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A propos de l'auteur

Luzycalor - traduire lumière et chaleur - est le blog d'une petite curieuse adepte de cinéma, musique, littérature et culture urbaine en tout genre. Vaste champ d'investigation isn't it? Parce que si culture s'étale comme confiture, les deux ont en commun un petit goût sucré dont on devient très vite addict. Bienvenue dans mon univers, ce monde vu de ma fenêtre!

7 commentaires
  • Le chat masqué - juillet 16, 2012

    Je ne l’ai pas encore vu, même s’il m’attirait beaucoup… Je pense que j’attendrais le DVD finalement… et que je relirai l’oeuvre originale plutôt.

    • luzycalor - juillet 17, 2012

      Il y a tellement de bonnes critiques que ça vaut peut-être la peine d’essayer. Souvent dans ces moments là je me dis que quelque chose m’a échappé et ça m’ennuie. De là à dire que j’irai le revoir…

  • potzina - juillet 16, 2012

    Hello luzy !
    Je ne l’ai pas encore vu non plus mais je suis tout de même tentée ou plutôt curieuse. Je n’ai vu aucun des films de Sokourov, souvent décrit comme un cinéaste rigide, et j’avoue que l’obtention du Lion d’or à Venise pique ma curiosité :) Je verrai si je m’y ennuierai comme toi ou si je partagerai l’enthousiasme des Carmadou…
    Bonne soirée !

    • luzycalor - juillet 17, 2012

      Je ne connaissais pas plus que ça ce réalisateur. J’attends ton avis en tout cas. A bientôt

  • My Little Discoveries - juillet 16, 2012

    Dommage, ça paraissait pourtant bien parti!!

  • Aurélie - juillet 18, 2012

    L’univers particulier de ce film me fascine. J’irai bien me faire une idée…

  • Carmadou - juillet 24, 2012

    Nous avons vu exactement le même film, nous nous retrouvons totalement dans la description faite ici…nous avons été saisis dés les premiers plans et nous n’en sommes pas ressortis. Nous l’avons vu trois fois, à vrai dire quasiment trois fois puisque lors de la première séance le film a coupé lorsque le diable embrasse la vierge, sans pouvoir redémarrer. (si ce n’était la frustration de ne pouvoir voir la fin, c’était une situation plutôt comique). Nous avons été impressionnés par la beauté des images,
    Ce film a eu un effet totalement hypnotique, qui nous a donné une envie forte de voir les trois autres consacrés à Staline, Lénine, Hitler et Hiro Hito… puisque ce dernier épisode consacré à Faust clôt une série consacrée au pouvoir et à ses dérives, nous n’aimerions voir si le tout forme un ensemble cohérent, une vraie réflexion sur le monde occidental. Car il est évident que la Russie par son passé porte un regard sur notre histoire récente totalement différent du notre. C’est d’ailleurs tout l’intérêt des Livres d’Emmanuel Carrére qui parle si bien de la Russie contemporaine parce qu’il en a une vraie connaissance, un pays qui nous fascine par son histoire, sa violence, son coté nihiliste!
    Ce film qui a une vraie part de mystère nous a fasciné !

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