Dans la maison – François Ozon

Dans la Maison

Le cinéma dOzon est toujours un peu dérangeant. Gouttes d’eau sur pierres brûlantes, Sous le sable, Swimming pool, autant de films étranges, fascinants. Des univers où le spectateur se laisse happer, manipuler tout en se demandant si le cinéaste n’aurait pas osé par hasard se foutre un peu de lui. Dans la maison ne fait pas exception! Perversion flirte avec manipulation, le malaise s’installe. Trop présent parfois, il en devient presque comique. Claude – élève dans la classe d’un professeur ordinaire ayant raté sa vocation d’écrivain – se retrouve à raconter lors d’un exercice imposé, sa journée dans la maison d’un camarade de classe. Style séduisant, langage incongru, tournures linguistiques parfois méprisantes pour ce qu’il appelle l’odeur corporelle de la classe moyenne, notre visiteur attise l’intérêt de l’homme de lettres en mal de sensations fortes et d’émulation sur le plan littéraire. Terence Stamp des temps modernes, le lycéen va petit à petit venir troubler l’ordre moral du foyer régi par l’ennui sous le regard complice du prof autant manipulateur que manipulé. De textes en textes, les deux acolytes vont écrire ensemble l’histoire de cette famille, essayer de la transformer l’un par la parole, l’autre par les actes, de donner du relief à chacun des personnages quitte à imaginer… l’irréparable. Fiction et réalité s’entrecroisent et confortent cette étrange sensation de manipulation.

L’ombre de Pasolini avec Théorème autant que de Flaubert avec son bovarysme et sa « Félicité » semble planer sur cette macabre farce dont le dénouement, bien qu’ironique, m’a moyennement convaincue. Un bovarysme poussé à bloc par une Emmanuelle Seigner impeccable.  Une révélation également que Ernst Umhauer savoureux mélange de Stamp dans Théorème auquel on aurait ajouté un « je ne sais quoi » d’innocence enfantine de Björn Andrésen, l’adolescent androgyne et somptueusement beau de Mort à Venise. Pour le reste, mise à part Luchini égal à lui même, les acteurs semblent s’ennuyer ou surjouent dans cette maison dans laquelle j’ai eu beaucoup de mal à pénétrer.

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A propos de l'auteur

Luzycalor - traduire lumière et chaleur - est le blog d'une petite curieuse adepte de cinéma, musique, littérature et culture urbaine en tout genre. Vaste champ d'investigation isn't it? Parce que si culture s'étale comme confiture, les deux ont en commun un petit goût sucré dont on devient très vite addict. Bienvenue dans mon univers, ce monde vu de ma fenêtre!

8 commentaires
  • Le Journal de Chrys - octobre 15, 2012

    Critique mitigée donc mais c’est un film que j’avais envie de voir… peut-être pendant les vacances?

    • Luzycalor - octobre 16, 2012

      Oui plutôt mitigée. Perso, je ne suis pas trop entrée dans le jeu mais je peux comprendre que l’on se laisse séduire. Par contre je trouve que certains acteurs jouent super mal.

  • auroreinparis - octobre 16, 2012

    Ah mince, j’attendais ce film avec force impatience. Je vais le voir jeudi, quand même, histoire de me forger ma propre opinion.
    Comme tjs , un bel article !

    • Luzycalor - octobre 16, 2012

      Merci Aurore. Reviens me dire ce que tu en as pensé quand tu l’auras vu. Nos avis divergeront peut-être.

  • Aurélie - octobre 16, 2012

    Moi j’ai bien aimé ce film. La tension permanente. Ce jeune acteur exceptionnel. Bon les « Rapha » ne sont pas finauds mais je me suis facilement laissée glisser dans les méandres diaboliques de l’histoire imaginée par sieur Ozon qui, c’est vrai, réalise des films déroutants.

  • My Little Discoveries - octobre 16, 2012

    J’attendais beaucoup de ce film, que je vais normalement aller voir demain soir, mais ton billet me fait mettre la barre un peu moins haut… On verra!

  • potzina - octobre 16, 2012

    Bonjour luzy !
    Je ne l’ai pas encore vu mais ton avis m’a un peu refroidie. J’irai tout de même le voir, d’autant que j’ai gagné des places chez l’ami filou 😀
    Bonne fin de journée !

    • Luzycalor - octobre 17, 2012

      @ MLD et Potzina, j’espère pouvoir lire très vite ce que vous en avez pensé. Les critiques sont plutôt bonnes mais moi je n’ai pas adhéré.

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