L’Ange du bizarre- le romantisme noir de Goya à Max Ernst

L'Ange du Bizarre

« L’immonde est beau et le beau, immonde. Planons dans le brouillard et les miasmes du monde », cette phrase de Shakespeare pourrait résumer l’exposition qu’accueille en ce moment le Musée d’Orsay consacrée au romantisme noir dans les arts visuels européens de la fin du XVIIIe au début du XXe siècle. Car la fascination pour les gouffres de l’irrationnel, l’envers sombre du plaisir, les univers inquiétants voire cruels et le courant d’art qui en dépend se nourrissent des inquiétudes des temps de crise en y répondant par la force de l’imaginaire. Né de la tourmente révolutionnaire, le romantisme noir sera réactivé fin XIXe par certains symbolistes dont Gustave Moreau qui avec Salomé, Messaline et Pasiphaé entretenait, il est vrai, un goût particulier pour les femmes sensuelles, perverses et vénéneuses. A cette époque d’ailleurs beaucoup d’artistes, sans doute un peu perturbé par la notion de progrès et l’ambiguïté qu’elle sous-tend, se tourneront vers les mondes occultes et les univers fantasmés non par repli obscurantiste sur le passé mais plutôt par désenchantement lucide face à un présent anxiogène.

C’est le cauchemar de la première guerre mondiale qui ravivera ensuite cette alliance troublante entre romantisme et ténèbres. Notamment  avec le courant surréaliste – qui placera l’inconscient et le rêve au coeur de la création artistique – alors qu’au même moment la magie du cinéma s’emparera de Frankeinstein, Faust et autres chefs-d’oeuvre du romantisme noir.

L’exposition décline donc le romantisme noir selon ces trois époques :

> Le temps de la naissance (1770-1850)
> Le temps de l’affranchissement et des mutations dans l’art symboliste (1860-1900)
> Le temps de la redécouverte dans l’art surréaliste (1920-1940)

Convoquant les créations visionnaires de Goya, Delacroix, Füssli, Hugo, Moreau, Mucha, Dali, Klee et Ernst pour ne citer qu’eux ainsi que celles de nombreux cinéastes (Murnau, Whale, Bunuel, Hitchcock…), L’ange du bizarre (qui tient d’ailleurs son nom d’un conte fantastique d’Edgar Allan Poe) offre également à chacun la possibilité de relire et décrypter les sources littéraires et artistiques de l’univers de la fantaisie noire encore extrêmement présent de nos jours dans l’industrie du divertissement.

 

Et parce que ce tableau de Johann Heinrich Füssli intitulé Le Cauchemar fait partie de mes tableaux préférés…


> En savoir plus sur l’exposition et autour de l’exposition (conférences, séminaires, cycle de cinéma) : 
Le site du Musée d’Orsay

> Infos pratiques :
Horaires : tous les jours sauf le lundi, de 9h30 à 18h00, le jeudi jusqu’à 21h45
Tarification : Plein tarif 12€ / tarif réduit 9,50€
Accès : 1 rue de la Légion d’Honneur, 75007 Paris
L’expo se tiendra du 5 mars au 9 juin 2013

> Lire et écouter aussi :
Qu’est-ce que le romantisme noir? (France culture)

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A propos de l'auteur

Luzycalor - traduire lumière et chaleur - est le blog d'une petite curieuse adepte de cinéma, musique, littérature et culture urbaine en tout genre. Vaste champ d'investigation isn't it? Parce que si culture s'étale comme confiture, les deux ont en commun un petit goût sucré dont on devient très vite addict. Bienvenue dans mon univers, ce monde vu de ma fenêtre!

7 commentaires
  • Le Journal de Chrys - mars 29, 2013

    Dommage que ce soit si loin!!!!

    Beau weekend à toi

  • Etienne - mars 29, 2013

    Très belle expo en effet. Troublante, effrayante mais un peu brouillonne sur la fin quand même! Et oui le tableau de Füssli est fascinant, je suis d’accord.

  • auroreinparis - avril 2, 2013

    Les affiches ds le métro m’ont interpellée, je me demandais ce que ça pouvait donner. Il y a beaucoup de monde ? ( J’en peux plus des expos blindées)

    • Luzycalor - avril 2, 2013

      Salut Aurore,

      Il y a toujours beaucoup de monde à ce type d’expo malheureusement :( Très bonne journée à toi.

  • Salvador T. Gordon - avril 27, 2013

    Le poète ne se révolte pas moins contre la condition humaine. Il dit son admiration pour les grandes créations sataniques du romantisme comme Melmoth (roman noir — gothique — de Charles Robert Maturin ). Négation de la misère humaine, la poésie , à ses yeux, ne peut être que révolte . Celle-ci prend une forme plus moderne dans les Petits poèmes en prose et se fait humour noir .

  • Gaëlle - juin 11, 2013

    J’ai adoré cette expo qui emmène vraiment au plus profond de nous et malgré le monde, j’ai réussi à y rester au moins 3h. Merci pour ton article !

    • luzycalor - juin 11, 2013

      Pas de quoi, merci à toi pour ton passage et ton avis sur l’expo.

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