L’écume des jours – Michel Gondry

L'écume des jours

L’écume des jours. Une rencontre étrange avec un langage, de la poésie, un univers fantasmé et absurde. L’absurdité dans laquelle je me plongeais pleinement à l’époque où Kafka, Ionesco et Vian nourrissaient mes pensées de leur esprit inventif et libre, de leur don pour la provocation et le non-sens. Poussant le vice jusqu’à la rencontre avec Vernon Sullivan, je laissais même Vian me malmener doublement. D’abord en me trompant avec ce patronyme inventé pour servir sa cause, ensuite parce que justement je pris plaisir à  succomber au côté obscur de ses écrits et me perdais dans J’irai cracher sur vos tombes.

Mais de la Java des Bombes Atomiques à la Complainte du Progrès, toutes les inventions amusantes de l’artiste – tourniquette à faire la vinaigrette, pistolet à gaufres, repasse-limace et autre ratatine ordure – s’imposèrent d’abord en chanson convoquant des images venues du fin fond de mon imaginaire galvaudant sans aucun doute celui de leur propre inventeur. Mais après tout n’est-ce pas l’effet voulu par l’auteur? Celui de laisser libre cours à l’imagination de chacun afin qu’il s’approprie un univers irréel et le transforme selon sa volonté en véritable machine à rêves.

Par exemple, le nénuphar, tumeur métaphorique, que Chloé sent grandir dans ses poumons et lui ôter chaque jour un peu de son souffle de vie, je l’avais transformé en orchidée blanche. Pourquoi orchidée me direz-vous alors qu’il s’agit d’un nénuphar? Parce que le nénuphar me plaît par sa sonorité et l’orchidée par sa beauté. J’imagine aisément avoir voulu dé-diaboliser la fin imminente de Chloé en la poétisant à souhait. Chez Gondry, le nénuphar ressemble à une grosse méduse, flasque, filandreuse, visqueuse ce qui n’a pas manqué de perturber ma propre interprétation des choses. Le nénuphar, les anguilles sortant des robinetteries, le pianocktail, le principe entropique global généré par la maladie de Chloé…toutes les inventions de Vian et plus encore ont été passées à la moulinette de Gondry pour en faire des inventions graphiques plus ou moins bien aboutis ne laissant aucune place à la magie des mots, à l’imagination individuelle, à l’appropriation mais aussi et surtout à l’histoire d’amour fabuleuse entre Colin et Chloé.

Vous trouvez mes propos abscons? Ah bon! Je ne saurais que vous conseiller de lire le roman de Vian plus que d’aller en voir l’adaptation cinématographique car de Gondry à Jeunet – on aurait pu imaginer que l’idée germe aussi dans la tête d’un tel réalisateur – la seule et la bonne façon de l’appréhender appartient à chacun d’entre nous. En espérant qu’il n’ait pas mal vieilli toutefois car comme disait Vian via Colin Ce sont les choses qui changent, pas les gens.

La Complainte du Progrès – Boris Vian


Interview de Chloé (Audrey Tautou) et Colin (Romain Duris)

 

 

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A propos de l'auteur

Luzycalor - traduire lumière et chaleur - est le blog d'une petite curieuse adepte de cinéma, musique, littérature et culture urbaine en tout genre. Vaste champ d'investigation isn't it? Parce que si culture s'étale comme confiture, les deux ont en commun un petit goût sucré dont on devient très vite addict. Bienvenue dans mon univers, ce monde vu de ma fenêtre!

16 commentaires
  • Matthieu - mai 6, 2013

    Chouette critique laconique d’un film chiant à mourir. J’aime bien ton style.

  • Matthieu - mai 6, 2013

    Et tu as lu d’autres Sullivan? Notamment Et On tuera tous les affreux, une petite merveille de dérision, vraiment amusant.

    • luzycalor - mai 7, 2013

      Merci :) Non (pour le moment) je n’ai lu que j’irai cracher sur vos tombes, un sacré roman!

  • aircoba - mai 6, 2013

    Complètement d’accord. L’écume des jours c’est avant tout une très belle histoire d’amour. Et le problème du film de Gondry, c’est qu’il n’y a ni histoire, ni amour. Il ne se passe rien entre les personnages. On croit en rien, y’a aucune magie. C’est un défilé de trouvailles visuelles qui m’ont usé comme pas possible. Heureusement je suis allé voir Mud le lendemain. Un grand moment de cinéma.

    • luzycalor - mai 7, 2013

      Et en plus ce film est interminable. Encore un où j’ai clairement eu envie de partir avant la fin. Sinon c’est amusant on a hésité entre Mud et L’écume des Jours mais je crois que j’avais quand même envie de voir ce que pouvait donner l’adaptation cinématographique d’un roman que j’ai vraiment apprécié.

  • My Little Discoveries - mai 7, 2013

    Merci pour ton avis.
    J’ai relu le roman juste avant de voir le film et l’adaptation a totalement glissé sur moi! J’ai admiré l’inventivité de Gondry mais il ne m’a pas touchée. Il faut dire que je ne suis pas une grande fan du livre de Boris Vian et que le film lui est quand même très très fidèle…

    • luzycalor - mai 7, 2013

      Fidèle sans doute dans la fantaisie mais pas dans les émotions générées en tout cas. Et puis le côté carton-pâte c’est moche quand même. Ça m’a fait penser au clip Sledge Hammer de Peter Gabriel :), c’est daté! C’est pas Gondry qui aurait réalisé le clip d’ailleurs? Non sans déconner, il est pauvre de tout ce film. Gondry nous a habitués à meilleur.

  • potzina - mai 7, 2013

    J’ai bien aimé le film de Gondry, je l’ai trouvé inventif et bien fait. Les effets spéciaux sont un peu gros par moment mais ça ne m’a pas gêné, au contraire j’en ai aimé le côté old school. Par contre j’ai trouvé l’interprétation inégale… Et il y a quelques longueurs aussi. N’empêche que, au vu des derniers films français que j’ai pu voir en salles, L’écume des jours est réussi et Gondry reste au-dessus de la moyenne. Mais bon, ça n’est que mon avis :)
    Bonne fin de journée luzy !

  • Lyllwen - mai 16, 2013

    Je suis plutôt d’accord avec ton analyse du film de Gondry, j’ai trouvé que les sentiments sont complètement survolés avec une histoire sentimentale en arrière-plan. Même si la puissance critique de la société de son temps est l’actuel premier plan de L’écume des Jours avec ses inventions si surprenantes, Gondry ne rend pas la poésie du roman et je suis de nouveau d’accord, il nous expose ses réalisations en une succession de plan, il ne reste rien de la finesse de Boris Vian.
    Par contre, le caractère étrange, surréaliste et complètement loufoque du roman est conservé.

    Merci pour ton opinion :)

  • Le Journal de Chrys - mai 17, 2013

    J’ai lu le roman lorsque j’étais en 1ère et ce fut mon texte à l’oral de français!!! Notre prof de français nous avait laissé le choix d’un roman et chacun avait choisi un livre différent.

    Bref

    J’attendrai qu’il passe à la télé.

    Bon weekend à toi

  • Mariana Haney - mai 24, 2013

    Lorsque j’ai appris que Michel Gondry allait adapter le livre de Boris Vian au cinéma, je me suis senti terriblement honteuse de ne pas l’avoir encore lu. La bande-annonce a été comme une piqure de rappel, me ramenant plusieurs années en arrière. Lorsqu’en première L, au lycée, la prof nous avait conseillé de lire ce livre, et que je ne l’avais pas écouté. Je me méfiais de ses goûts littéraires, qui ne me paraissaient pas toujours judicieux. Je l’avais vaguement entendu évoquer une histoire d’amour entre un Colin et une Chloé, et un nénuphar destructeur. L’écume des jours et moi, nous en étions restés là. Je reste souvent dubitative devant les grands succès, sans doute par crainte d’en attendre trop et d’être finalement déçue. J’ai rangé la couverture du bouquin dans un coin de ma tête, et je me suis dit que j’y reviendrais probablement, si mon cœur me le susurrait un beau jour à l’esprit.

  • Anthony - mai 26, 2013

    Je n’ai pas lu le livre, donc je ne peux par parler de l’adaptation en elle-même, mais personnellement j’ai bien aimé le film, même si ce n’est pas le film du siècle. J’ai adoré la première partie où tout bouillonne, les idées bricolées à base de stop-motion (moi j’adore ce côté décalé avec aliments en laine et tout) pour mettre en œuvres les idées loufoques de Vian (enfin j’imagine), un Romain Duris et un Omar Sy épatants (Audrey Tautou bof-bof et Gad Elmaleh aucun intérêt)j, un côté surréaliste, rêveur, etc…
    Bien sûr, la deuxième partie est moins joyeuse, les doux rêveurs rattrapés par la dureté de la réalité de la vie (la maladie, la mort entre autres) mais assez prenante quand même, intense et riche en émotions. Et le changement de couleur progressif, quelle idée géniale ! J’imagine que ça correspond à un changement dans la narration également, mais pas évident à mettre en forme.
    L’histoire d’amour n’est peut-être pas très présente c’est sûr, mais encore une fois, n’ayant pas lu le livre, ça en ‘ma pas gêné.
    Bref, j’ai passé un excellent moment et cela m’a donné envie de lire le livre et de découvrir l’univers de Vian.

    • Luzycalor - mai 26, 2013

      Ça par contre c’est cool parce que l’univers de Vian est super chouette! Pour les reste tu as lu mon avis 😉

  • auroreinparis - mai 27, 2013

    Roman culte pour beaucoup d’entre nous. Inadaptable à mon avis.
    Et pourtant j’ai trouvé que les images de Gondry s’adaptaient plutôt bien sur les mots de VIAN.
    Romain Duris excellent, les autres moins à la hauteur.
    Le résultat est meilleur que ce que j’avais crains.
    Ms oui, ce roman est fait pour titiller l’imaginaire, je te rejoins sur ce point.

    • Luzycalor - mai 27, 2013

      Duris de toute façon c’est un bon, moi aussi je l’aime :) mais je ne l’ai pas trouvé extraordinaire dans ce film qui de toute façon m’a vraiment déçue et que j’ai trouvé horriblement long.

  • lectiole - juin 14, 2013

    Bonjour,

    j’avais adoré le livre mais je n’ai pas eu envie de voir le film, ayant lu ça et là plusieurs commentaires négatifs, et ton avis me conforte dans l’idée que je n’ai rien manqué.
    Pourtant, de Gondry, j’aime bien les clips qu’il a réalisés pour Bjork et le film « Eternal Sunshine of the Spotless Mind ». J’attendrai que « l’Ecume des jours » passe à la télé…

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