Under the Skin – Jonathan Glazer

Under the Skin - Jonathan Glazer

Beauté froide et étrange que cette extraterrestre qui déambule au volant d’un van dans une ville d’Ecosse aux couleurs inquiétantes. La rencontre d’individus solitaires semble l’apaiser. Ici, les hommes – proies faciles aveuglées par le désir – sont interprétés par des acteurs amateurs, filmés à leur insu. Sans doute pour permettre de saisir au plus près les sentiments qui surgissent à l’écran, sans réflexion préalable, seulement le prélude annonciateur des ténèbres à venir.

Loin des codes stéréotypés des films de science-fiction qui installent généralement le spectateur dans un contexte scénaristique confortable, Jonathan Glazer prend à nouveau – c’était aussi le cas dans Birth  son opus précédent – le parti de l’émotion. Pour Under the Skin, son 3ème long métrage, les sentiments restent le terreau des images, la sève qui nourrit les séquences où la vie intérieure l’emporte sur les dialogues inutiles. Qui dit science-fiction dit effets spéciaux à profusion me direz-vous? Eh bien non. Là aussi Glazer s’affirme et incite le spectateur à chercher au fond de lui-même avec une économie de moyens surprenante. Son passé de vidéaste et de réalisateur de clips pourrait s’avérer préjudiciable s’il n’était surpassé par ses talents de cinéaste et surtout par l’originalité de son langage cinématographique.

Succinctement adapté du roman éponyme de Michel Faber, après 3 ans de gestation et de préparation minutieuse, Under the Skin ne s’apparente à aucune œuvre de science-fiction traditionnelle. Le film s’écarte allégrement des sentiers battus du film de genre pour proposer une approche esthétique, subtile et déroutante du propos qu’il sous-tend à savoir : « de quoi est faite notre humanité »?

Si anticipation il y a, elle se trouve dans l’écho renvoyé par une riche palette graphique et sonore qui occupe d’emblée tout l’espace. Glazer et surtout Landin – chef opérateur ayant poussé à son paroxysme la photographie du film – invitent à aller au-delà d’une histoire comme prétexte cinématographique. On le sent bien, ces deux là accomplissent des prouesses techniques – tournage en grande partie réalisé en lumière naturelle, trucages inédits, choix de caméras spécifiques – pour mieux développer un style et une forme de cinéma des plus originales. Les matériaux, les textures, les couleurs parlent d’elles-mêmes : rues blafardes aux passants mornes, brume envoutante, ciel poisseux et ce noir derrière des portes dans lequel les victimes se fondent. L’ensemble compose une mystérieuse beauté qui enveloppe la nature et les corps. Quant à la musique de Mica Levi – compositions orchestrales quasi minimalistes aux cordes paroxystiques et sinueuses – elle se resserre comme un nœud coulant autour des images et du récit.

Laissons de côté les références et autres influences réelles (le 2001 de Kubrick, Rage du Cronenberg des premières années ou encore Lynch), pour nous intéresser à la manière dont Jonathan Glazer décrit cette humanité. Là où certains s’attendraient à trouver compassion et indulgence le cinéaste ne s’apitoie pas sur le genre humain. Il en donne une approche clinique, âpre, parfois effroyable (voir à cet égard la scène de la plage avec cet enfant livré à lui-même dans une quasi obscurité suffocante de justesse), mais également a contrario douce, futile et toujours réaliste.

L’alternance de styles allant du documentaire le plus rugueux à des séquences fantastiques superbes (peut-être parfois limite « clipesque ») renforce cette étrangeté émotionnelle, laquelle ferait presque toucher du doigt l’équation géniale que toute mise en situation provoquée par un être privé d’affect, tendrait à révéler la justesse des sentiments humains. Scarlett Johansson, extraordinairement précise dans son jeu, incarne parfaitement le reflet de ces émotions humaines justement en ne les jouant pas à l’écran. Elle les intériorise, les accumule, les enregistre mais ne montre pas, ne pense pas, ne dit pas. C’est là tout le génie de l’actrice. En provoquant chez les autres des sentiments que l’héroïne ignore, elle en est symptomatique. Dans ce rôle de prédatrice sublime, elle a su prendre un risque loin d’être « bankable » mais ô combien artistiquement génial.

Pour arriver à quoi finalement? A la conclusion que nous ne sommes fait que de désir et de mort? Peut-être. Constat ô combien douloureux mais révélateur d’un cinéma contemporain à la limite de l’expérimental qui force à réagir, pousse à réfléchir sur l’existence tout en se prêtant à de multiples interprétations. Disons-le: assister à une projection d’Under the Skin se révèle une expérience visuelle et sensorielle incroyable et inédite.

Article écrit par Gilles A.

Under the Skin – © DR

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A propos de l'auteur

4 commentaires
  • Polina - juillet 11, 2014

    Jolie chronique, qui force ma curiosité :) !

  • Enelyme - juillet 25, 2014

    Bel article qui suscite l’intérêt et donne réellement envie de voir ce film.

  • Happy Us Book - juillet 28, 2014

    Bravo Gilles, cet article est top! Je n’ai pas vu le film mais ta critique est motivante. Bise à vous deux

    • luzycalor - juillet 29, 2014

      Merci Carole pour ton passage bien sûr, parce que pour l’article c’est Gilles et sa critique est effectivement motivante 😉

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