Elle – Paul Verhoeven

Elle - Paul Verhoeven

Elle c’est Michelle. Elle est belle, sensuelle, mystérieuse, ténébreuse. Elle se fait violer chez elle par un individu cagoulé tout de noir vêtu sous le regard placide de son chat. Le sang coule entre ses jambes comme sans doute il ne s’écoule plus depuis un certain temps. Un bain moussant virant au rouge, une commande de sushis, rien ne transparaît sur le visage diaphane de cette executive woman dirigeant d’une main de maître une maison d’édition de jeux vidéos à succès, entourée d’une équipe de jeunes créas talentueux. La vie reprend son court. Pas de police. Michelle ne souhaite pas se frotter à une justice qu’elle ne connaît que trop bien hantée par le souvenir traumatique d’un crime affreux commis par son père 45 ans plus tôt.
Mais est-elle seulement traumatisée? Le film de Verhoeven fait planer le doute et très vite sa dynamique transforme la victime en prédateur un brin psychopathe que rien ne semble affecter. Ni le viol à répétition par un individu très vite indentifié avec lequel un jeu sado-maso va tout de suite s’instaurer, ni la mort subite d’une mère excentrique et cougar emportée subitement le soir de noël, ni la naïveté et la bêtise d’un fils embringué dans une relation sordide avec une hystérique.
Tout semble irréel dans le film de Verhoeven. Amoral? Comique? Tragique? Abscon? Les personnages et les situations rivalisent d’abjection mêlée d’humour noir alors même que les sujets abordés restent tabous pour une société politiquement correct. Verhoeven n’a peur de rien et c’est peut-être le plus jouissif. Isabelle Huppert non plus dans le rôle de cette femme fatale imperturbable. Une banalisation de l’indicible, un effet papillon qui n’a pas manqué de déchaîner les passions. Apologie du viol? Je ne vois pas. Juste l’histoire d’une femme marquée par un passé de douleur qui fait un choix personnel, qu’il est certes difficile de comprendre ou partager, mais qui ne souffre d’aucun jugement. Une sorte de comédie grinçante qui tape la où ça peut faire mal en abordant des sujets délicats et non consensuels.

Pourtant « Elle » est bien l’un des meilleurs films qu’il m’ait été donné de voir ces derniers temps. D’abord par la mise en scène imprégnée du goût exacerbé de Verhoeven pour la crudité des propos, le caractère transgressif des situations et la provocation viscérale auxquels Isabelle Huppert fait brillamment écho. Et si l’univers créé est profondément tragique, le burlesque joue toujours un rôle de contrepoint. Ensuite par le jeu des acteurs, tous aussi brillants les uns que les autres. De Lafitte à Berling en passant par l’incroyable Huppert ou Efira à contre courant, tous sont vraiment épatants.

 

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A propos de l'auteur

Luzycalor - traduire lumière et chaleur - est le blog d'une petite curieuse adepte de cinéma, musique, littérature et culture urbaine en tout genre. Vaste champ d'investigation isn't it? Parce que si culture s'étale comme confiture, les deux ont en commun un petit goût sucré dont on devient très vite addict. Bienvenue dans mon univers, ce monde vu de ma fenêtre!

1 commentaire
  • Aurore - juin 13, 2016

    Je suis sortie super mitigée, justement par ce côté malsain, « amoral » comme tu le dis. Mais avec le recul c’est une performance d’actrice de la part d’Isabelle Huppert, et la réalisation est hyper soignée ! Un film dérangeant mais magnifique.

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