Juste la fin du monde – Xavier Dolan

Juste la fin du monde

Xavier Dolan est l’un de mes réalisateurs fétiches. Tout en sensibilité et en intelligence, son cinéma exhale une magie indicible dont on peut trouver la pilule amère. Son regard sur le monde génère chez moi souvent de vives émotions que révèlent le choix de thèmes qui me vont droit au coeur. La différence, les déchirures familiales, les rapports filiaux houleux, tous ces chaos intrinsèques ou ces violences expulsées qui composent un être humain, le fragilisent ou le structurent. Est-ce le tempérament de feu de ce jeune prodige rejaillissant de toute part dans son cinéma qui m’électrise à en frissonner ou bien sa manière toute particulière de filmer les drames, les sentiments crus avec une sensibilité exacerbée toujours dans le ton jamais dans le cliché en utilisant ralentis, flous, répétitions, couleurs saturées que j’absorbe comme une éponge? Le choix des musiques aussi qui jalonnent ses films. Sorties de leur contexte elles pourraient sembler anachroniques alors qu’elles représentent dans les faits un véritable levier émotionnel et accompagnent le spectateur longtemps, très longtemps.

Des Amours imaginaires en passant par l’extraordinaire Laurence Anyways, Mommy ou même Tom à la ferme, son cinéma à chaque instant a fait écho me laissant parfois un bon moment K.O.

Alors que s’est-il donc passé avec « Juste la fin du monde »? L’histoire commence pourtant bien. Louis, interprété par Gaspard Ulliel, retourne dans sa famille après quelques années d’absence. Dans l’avion tandis qu’en « off » la voix de l’acteur annonce le programme : revenir sur ses pas, retrouver sa famille, leur annoncer sa mort prochaine, on comprend qu’un drame majeur va se jouer, que ce prologue funèbre et grave débouchera fatalement sur des scènes d’une intensité formidable, d’une profondeur inégalable comme Dolan en réalise si souvent.

Au lieu de cela nous voilà projeté dans un huis clos familial grotesque et plombant où presqu’aucun dialogue ne semble cohérent. Sombre et taiseux, Louis navigue de sœur en belle-soeur, de frère en mère de plus en plus affecté par les moments d’hystérie collective ponctués de silences glaçants auxquels il doit faire face, le tout débouchant sur un dénouement cathartique et apocalyptique où la violence manque de glisser du psychologique au physique. Et si certaines scènes ressemblent à des débuts de promesse, c’est au final plutôt la frustration qui l’emporte au sortir de la salle. Quelques-uns y ont vu le film le plus abouti de Dolan, moi je me suis copieusement ennuyée. Pas de quoi en faire un monde!

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A propos de l'auteur

Luzycalor - traduire lumière et chaleur - est le blog d'une petite curieuse adepte de cinéma, musique, littérature et culture urbaine en tout genre. Vaste champ d'investigation isn't it? Parce que si culture s'étale comme confiture, les deux ont en commun un petit goût sucré dont on devient très vite addict. Bienvenue dans mon univers, ce monde vu de ma fenêtre!

2 commentaires
  • Aurore - octobre 3, 2016

    On l’aime ou on le déteste ce dernier Dolan. Il nous fait vibrer ou nous agace … Pour ma part, je l’ai beaucoup aimé une fois de plus, la réalisation, les émotions. Mais je peux comprendre ce qu’il a laissé froid, ennuyé voir agacé. J’ai eu de la chance, je suis totalement entrée dedans !

    • Aurore - octobre 3, 2016

      « Mais je peux comprendre ceUX qu’il a laissé froid »
      ^^

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