L’homme à tête de chou…

Serge Gainsbourg

…moitié légume, moitié mec. J’aime beaucoup Lucien Ginsburg. Quelle révélation! Le paradoxe sans doute. L’écorché vif ultra sensible, grand amoureux des femmes mais pas de la vie flirtant avec la mort, les psychotropes en tout genre, l’alcool et la  provocation pour mieux camoufler sa timidité maladive, son mal à l’être, son mal à l’âme. J’avoue trouver quand même Gainsbourg plus talentueux que Gainsbarre trop aviné, excessif et autodestructeur. Trop par hasard et pas rasé. La provocation à son paroxysme, celle qui ne sert plus à rien si ce n’est à déclencher de la colère, du dégoût, de la pitié ou de l’empathie en fonction des individus, de leur morale parfois rigide ainsi que de leur capacité à accepter l’autre dans sa souffrance et sa manière de l’exprimer.

Son histoire appartient à tout le monde mais personne ne la comprend vraiment. Ses chansons ont un accent de mélancolie et la dureté d’un constat dira Marcel Aymé. Elles résonnent en chacun de nous comme autant de mélodies plutôt plus que moins bien abouties faisant écho parfois mais que l’on oublie pas. Il faut dire que Gainsbourg, outre son amour premier pour le jazz, s’est servi des plus grands classiques dans ses compositions. De la Symphonie n°9 du nouveau monde de Dvorak (Initials BB), aux préludes et études de Chopin (Lemon Incest et Jane B.) en passant par Brahms (Baby alone in Babylone), Beethoven (Ma Lou Marilou) et bien d’autres encore, il s’est copieusement inspiré de compositeurs déjà bien ancrés dans l’inconscient collectif pour y extraire certains de ses airs les plus connus. Cet iconoclaste n’a pas manqué non plus de choquer – dans une France où le métissage était encore mal vu – en intégrant à sa musique quelques rythmes endiablés venus d’ailleurs (percussions nigérianes, tam-tams, tambours cubains et autres chœurs africains).

Pour ce qui est des textes parfois sulfureux déclamés souvent comme de la poésie, même si certains paraissent assez simples d’accès les subtilités et sous-entendus ne manquent pas. Et là encore de s’inspirer des plus grands. De Baudelaire à Allais en passant par Verlaine, Lautréamont et Edgar Allan Poe, toute la crème des poètes maudits semble hanter l’artiste.

Son album à nul autre pareil, enfin disons plutôt celui qui a fait particulièrement écho chez moi mais plus tard, reste L’homme à tête de chou. De la poésie crue, érotique, audacieuse. L’histoire d’amour d’un homme pour une shampouineuse prénommée Marilou qui le domine de sa tour de contrôle et le malmène en s’envoyant en l’air de liane en liane. Une histoire de désespoir, de douleur latente, de descente aux enfers, de meurtre à l’extincteur et de folie transformant l’homme en légume crucifère.

Je vous mets ici en écoute « Variations sur Marilou ». Un exercice incroyable. Une mise en poésie et en musique de l’onanisme féminin. Traversées par mille courants tabagiques, alcooliques, picturaux, littéraires, poétiques, érotiques, ces Variations (dira Jean-François Brieu) rappellent la perte de contrôle spatio-temporelle qui précède la clôture de 2001 l’Odyssée de l’espace de Kubrick. Un album à vraiment découvrir si ce n’est déjà fait.

> Variations sur Marilou


Crédits photo :

Serge Gainsbourg par William Klein pour la pochette de « Love On The Beat ».
Statue de l’homme à tête de chou – Claude Lalanne

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A propos de l'auteur

Luzycalor - traduire lumière et chaleur - est le blog d'une petite curieuse adepte de cinéma, musique, littérature et culture urbaine en tout genre. Vaste champ d'investigation isn't it? Parce que si culture s'étale comme confiture, les deux ont en commun un petit goût sucré dont on devient très vite addict. Bienvenue dans mon univers, ce monde vu de ma fenêtre!

13 commentaires
  • Carmadou - février 10, 2012

    Un très beau papier, tout est dit et justement dit, nous aussi « gainsbarre » nous insupportait. Mais quel talent, il reste sans équivalent!

    • luzycalor - février 10, 2012

      Merci du compliment :) Il m’insupportait moins qu’il ne me peinait (me faisait pitié). Triste fin pour un tel talent. La chanson est un art mineur, tout était dit! Aucune estime pour ce qu’il était.

  • Le Journal de Chrys - février 10, 2012

    oh ma lou
    oh ma lou
    oh marilou…

    J’adore.
    J’ai.

    • luzycalor - février 10, 2012

      Quand Marilou danse reggae…En fait elles sont toutes chouettes les chansons de cet album concept. Avec une petite préférence pour Variations sur Marilou.

  • Ernestine - février 10, 2012

    Cet album, je l’ai découvert grâce au ballet de Gallotta, interprété par Bashung, juste une merveille ou se mêlait amour, violence, drame, larmes … Danse, chant et musique …

    Un vraie album qui raconte une histoire d’amour tragique mais si belle au fond …
    Ma préférée : flash forward

    • luzycalor - février 10, 2012

      Joue bien sur les sonorités en effet, la maîtrise des mots est impec, la rime en « k » est …riche. Et quoi que je fasse ça me reviendra en flashback bordel jusqu’à ce que j’en claque :-)
      Je n’avais pas entendu parler du ballet de Gallotta avant d’écrire ce billet. Je ne sais pas si le spectacle a marché mais les extraits vus m’ont plu. L’expression corporelle qui remplace les paroles, le ballet charnel un peu à la Pietragalla, ça me parle beaucoup. Je crois que Bashung est mort avant d’avoir vu le résultat? En tout cas sa reprise de Variations sur Marilou est naze!

  • Sophie - février 10, 2012

    Moi j’ai un petit faible pour l’histoire de…Melody Nelson. A la fois je connais pas vraiment l’Homme à tête de chou que tu donnes franchement envie de découvrir.

    • luzycalor - février 10, 2012

      Hum l’éternel dilemme : L’homme à tête de chou ou Melody Nelson? En fait je connais peu Melody Nelson à part sa ballade que je trouve fabuleuse. Pour le reste je pense que ce sont deux albums distincts sûrement aussi bons l’un que l’autre qui se font écho (il faudrait que je me penche plus sur l’histoire de Melody), l’un amour pur, l’autre amour crade.

  • Herbert LéO Narre - février 11, 2012

    ‘Histoire de melody nelson’ reste mon album préferé, avec une tendresse particulière pour ‘Love on the beat’ , avec lequel j’ai découvert serge en 1984.
    Il avait souvent expliqué avoir souffert de n’avoir pu être reconnu en tant que peintre.
    Ses provocations cachaient peut-être une timidité certaine?
    Lui qui considérait la chanson comme un art mineur et la peinture comme un art majeur, deviendra l’un des plus grands paroliers contemporain, n’en déplaise à ses détracteurs.
    Il nous laisse un héritage de melodies, d’allitérations et d’aphorismes.
    Le pilier du bar du Ritz aux repetto(s) immaculées s’en est allé, adieu poète ‘mots-dits’.

    • luzycalor - février 12, 2012

      Love on the beat, pas génial! Pas un peu jeune aussi pour écouter de telles paroles M.T? (oui parce que le pseudo est quand même un peu pathétique, comprenne qui pourra :)) Existe t-il seulement des arts mineurs? Ce qui compte c’est l’idée, l’initiative et son originalité avant tout. Il ne s’aimait pas, c’est tout, jusqu’à en détruire ses propres tableaux.

  • Herbert Léo Narre - février 12, 2012

    La maturité n’attend pas forcément le nombre des années :)
    Le pseudo était un clin d’œil à l’une de nos discussions et cela te permettait de ‘m’identifier’, M.L.
    Gainsbourg qualifiait lui-même la chanson d’art mineur.
    Pour ma part, l’art est plutôt subjectif. Qui peut le définir?

  • Mo.F - février 18, 2012

    …excellent billet comme souvent Luzycalor!
    Pour ma part je prends tout, Gainsbourg et Gansbarre, car peut-être est-il allé jusqu’au paroxysme de faire de lui-même artiste et personne réunis le sujet de son Art et je ne me sens pas le courage de les séparer …j’ai aimé beaucoup de ses chansons dans mon enfance et adolescence avant même de savoir qui les avait composées car elles me « parlaient » immédiatement à l’œille: le Poinçonneur des Lilas, Sous le soleil exactement …mon Truc en plumes, chanson fétiche du temps où je faisais le pitre quand on me disait que j’étais coiffée à la Zizi Jeanmaire !

    J’ai gardé une tendresse particulière pour Mélodie Nelson un véritable conte fantastique musical à côté duquel les « comédies musicales » actuelles ( j’ose à peine écrire ce nom que j’aime tant et l’appliquer ici à des produits de grande distribution éminemment frelatés!) font figures de pitoyables singeries …
    Quand je vais par nécessité plus que par goût visiter mes défunts au cimetière Montparnasse je termine toujours par une « petite visite à Gainsbourg »: comme d’autres vont à Lourdes mettre leur cierge, moi je vais à Gainsbourg mettre mon ticket de métro à côté des choux et des dessins qui se gondolent d’humidité …et je sais qu’il n’est nulle part pour rigoler alors qu’il est, toujours vivant pour nous..l’Artiste!
    Et ça suffit à me donner la pêche puisque je crois au moins encore une fois de plus mais pour combien de temps à la vie éternelle…des artistes et surtout de ceux qui finissent par une pirouette, là où il est de bon ton de commencer normalement: dans les choux!

    Amicalement à toi. Mo.F

    • luzycalor - février 18, 2012

      Merci à toi Mo.F. J’aime beaucoup ton commentaire, la tendresse, le brin de nostalgie qui s’en dégagent. C’est quand je lis ces mots que je sais pourquoi j’ai créé un blog et que je sais pourquoi aussi ce sera dur de le lâcher.
      A très bientôt

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