L’opéra – Jean-Stéphane Bron

L'Opéra de Jean-Stéphane Bron

Ne culpabilise pas de respirer. Respirer c’est la vie. Être choisi pour chanter à l’Opéra de Paris, un plaisir que Mikhaël (jeune baryton-basse tout droit venu de Russie) ne peut bouder. Se produire sur la scène du Palais Garnier, côtoyer les plus grands, quoi de plus exaltant pour un artiste en herbe extrêmement doué. Car pour atteindre le Saint Graal encore faut-il avoir du talent. Pendant une saison, Jean-Stéphane Bron a arpenté les coulisses de l’Opéra de Paris. De Bastille à Garnier, son regard profane embarque avec délice dans le quotidien mouvementé des danseurs, musiciens, techniciens, maquilleurs, couturiers, « petites mains » et même des personnels administratifs de cette institution publique de renom que chacun rêve de pénétrer mais que les marches de l’exigence ou les prix prohibitifs empêchent souvent d’atteindre.

Jonglant entre ombre et lumière, le spectateur suit les répétitions des Maîtres chanteurs de Nuremberg (Wagnerou de Moïse et Aron (Schönberg) dont le clou du spectacle consiste à emmener sur scène un taureau d’une tonne et demi, souffre avec les danseuses qui entre 2 séquences devant le public s’effondrent de douleur derrière le rideau, râle avec les régisseurs, se passionne pour le chef d’orchestre en pleine montée d’adrénaline. Petite plongée également au cœur de conversations houleuses entre l’équipe de direction pilotée par Stéphane Lissner et le personnel. Ainsi assiste t-on à la gestion d’une cellule de crise après dépôt de préavis de grève ou encore à un ultime règlement de compte téléphonique entre Benjamin Millepied et Lissner acculé finalement à laisser tomber son protégé et accepter sa démission.

De cette fourmilière multilingue en totale effervescence on retiendra l’amour du travail bien fait au service de la création artistique. Aucun voyeurisme, juste une caméra embarquée dans les coulisses d’un haut lieu culturel. Un regard vierge flirtant avec l’intimité sans indiscrétion rendant le tout extrêmement crédible et fascinant. Comme si on y était. De sous-sol en comble la caméra s’immisce dans tous les interstices avec bienveillance et agilité. Ça sent la sueur et la rage, la perfection et la pugnacité sur fond de Berlioz, Mozart et Verdi. Le partage aussi et l’ouverture à quiconque se donne les moyens. Comme cette classe de CM2 accueillie par l’Opéra pour apprendre le violon que le film nous permet de suivre durant la dernière année de son programme. Ce sont des mécènes et non l’État qui permettent à cette classe située en ZEP de rejoindre la République-Opéra. Sans jugement sur les personnes, dira Jean-Stéphane Bron, je voulais évoquer cette situation où une initiative privée pallie ce qui devrait être une priorité de l’État. Cela me paraissait d’autant plus intéressant que je cherchais à filmer ce monde comme un corps organique, qui est aussi un corps social. Les enfants de cette classe, je les ai abordés comme tous les autres personnages. Eux aussi travaillent dur, se font reprendre, et ça m’intéressait de montrer leur famille assister au concert. L’espace d’un instant, d’un instant seulement, elles aussi font à leur tour partie de l’Opéra.

Entre réalité et poésie, de Bastille à Garnier, L’Opéra : un voyage captivant.

 

 

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A propos de l'auteur

Luzycalor - traduire lumière et chaleur - est le blog d'une petite curieuse adepte de cinéma, musique, littérature et culture urbaine en tout genre. Vaste champ d'investigation isn't it? Parce que si culture s'étale comme confiture, les deux ont en commun un petit goût sucré dont on devient très vite addict. Bienvenue dans mon univers, ce monde vu de ma fenêtre!

2 commentaires
  • Aurore - mai 10, 2017

    Un voyage captivant, je suis d’accord. j’ai beaucoup aimé.
    Même si j’ai une préférence pour le docu « La relève » sur Benjamin Millepied, mais dont le sujet était plus spécifique et centré sur un homme que sur la machine qu’est l’Opéra.

    • luzycalor - mai 10, 2017

      Benjamin Millepied est fascinant, ça m’intéresse ce docu. Je vais essayer de le regarder. Il est aussi de Bron je suppose? En tout cas sa manière de filmer les coulisses de l’Opéra m’a vraiment enchantée.

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