Alexis Persani ou l’art du photomontage

Alexis Persani et Léo Caillard

Imaginer, réinventer, transformer, telle pourrait être la devise  du graphiste Alexis Persani qui – à partir de photos de statues réalisées par Léo Caillard – vient de produire une série de montages confondant de réalisme où Aristée, Dionysos et autres créatures légendaires de la mythologie gréco-romaines se retrouvent looker en hipster. Mélange des genres à partir de sculptures issues d’un lieu qui lui même suscita polémique à l’époque où Mitterrand demandait à l’architecte Ieoh Ming Pei d’ériger sa fameuse pyramide ultra-moderne déclenchant ainsi une mini-révolution sur fond d’opposition politique, cette succession de photos intitulée « Street Stone » m’a interpellée par son originalité. Rencontre avec Alexis Persani.


Alexis,vous êtes graphiste spécialisé en photo-manipulation, comment en êtes-vous venu à l’envie de donner vie à vos idées les plus folles en utilisant des logiciels de traitement de dessins et comment procédez-vous?

A.P : Effectivement j’effectue la plupart du temps des photo-manipulations, mais je réalise aussi du graphisme et des calligraphies. L’idée des photo-montages m’est venue en regardant sur le net certaines illusions réalisées sous photoshop. A partir de ce moment, je me suis lancé dans la photo-manipulation, pour pouvoir en concrétiser à mon tour.

Est-ce pour vous un art? Que vous procure cette manière d’exprimer votre talent?
A.P : Oui, cela relève du domaine artistique, donc je pense que l’on peut dire que c’est une forme d’art car au delà de savoir maîtriser photoshop, il faut aussi une part d’imagination et un sens artistique.

Avez-vous du coup la sensation de pouvoir aller plus loin dans la part de rêve procurée à l’observateur?
A.P : Oui c’est possible. Certaines de mes créations peuvent avoir un côté surréaliste, donc peut-être apporter une part de rêve. Après chaque personne la perçoit avec son propre regard, c’est ça qui est intéressant.

Comment vous vient l’inspiration?
A.P : Ça c’est assez dur à expliquer, les idées me viennent souvent au débotté, une fois photoshop ouvert. Elles me viennent aussi en observant le travail d’autres retoucheurs créatifs. Je pense que regarder ce que font les autres est toujours une bonne source d’inspiration.

Je vous ai découvert à travers votre série de photomontage  « Street Stone » dont l’idée de base consiste à métamorphoser quelques statues grecques du Musée du Louvre en hipster. Quelques explications sur la génèse du projet?

A.P : Ce projet a pour origine une collaboration avec le photographe Léo Caillard. Il avait comme idée de réaliser cette série. Il a donc shooté les statues du musée du Louvre puis des individus habillés, dans les mêmes positions. Il me restait ensuite à faire l’intégration des habits sur ces statues de pierres.

Léo Caillard sur le site Rue89-Culture : Dans la salle Richelieu du Musée du Louvre, la majeure partie des statues sont nues et représentent des dieux grecs ou des personnages iconiques qui semblent éloignés de nos références actuelles. Je les ai regardés, posés, comme ça, et ils m’ont finalement semblé très actuels. Je me suis dit qu’habillés, il ressembleraient plus au “hipster” [jeune branché adepte de culture “non-mainstream”, ndlr] du coin qu’à un dieu grec. J’ai demandé au Louvre l’autorisation de poser des T-shirts, des vêtements, mais c’était impossible, on ne peut pas les approcher. D’où la réalisation d’un casting pour trouver des modèles présentant la même morphologie que les statues et les photographies, habillés en hipster. Le travail d’Alexis fera le reste.

Quel en a été l’accueil des conservateurs du Musée?
A.P : Je n’en ai aucune idée, mais la plupart des gens ont très bien accueilli ce projet.

… dont voici le résultat pour le moins étonnant.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En savoir plus sur Alexis :

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A propos de l'auteur

Luzycalor - traduire lumière et chaleur - est le blog d'une petite curieuse adepte de cinéma, musique, littérature et culture urbaine en tout genre. Vaste champ d'investigation isn't it? Parce que si culture s'étale comme confiture, les deux ont en commun un petit goût sucré dont on devient très vite addict. Bienvenue dans mon univers, ce monde vu de ma fenêtre!

7 commentaires
  • Elodie - juin 28, 2013

    Très chouette travail. J’aime beaucoup. Je suis 😉

  • Anthony - juin 28, 2013

    C’est super bien fait, on dirait vraiment que les statues portent les vêtements.

  • Bernie O. Rowe - juin 29, 2013

    Quand un graphiste s’amuse à (r)habiller des statues de maîtres du Musée du Louvre, ça donne des images décalées qui font déjà le tour du web.

  • My Little Discoveries - juin 29, 2013

    Excellent, merci pour la découverte!

  • WannaCook - juillet 1, 2013

    Très intéressante démarche, en plein dans l’actualité des débats et des réflexions sur les usages transformatifs, pour lesquels la Mission Lescure a ouvert la porte. Pour ce que ça intéresse, je recommande vivement la lecture de l’article suivant : http://scinfolex.wordpress.com/2013/04/28/richard-prince-et-la-loyaute-de-lusage-transformatif/

  • luzycalor - juillet 1, 2013

    Oui mais les auteurs des œuvres préexistantes sont morts depuis belle lurette. Ces œuvres sont tombées dans le domaine public. Qu’en est-il en la matière alors? C’est vrai que le talent de Persani s’appuie sur de l’existant et c’est le décalage qui rend la chose étonnante d’ailleurs.

  • WannaCook - juillet 2, 2013

    Là en l’occurrence, les œuvres sont dans le domaine public, donc a priori, toute réutilisation pour un usage transformatif est totalement libre. Je dis « a priori » car la BNF, par exemple, ne s’est pas gênée pour mettre sous copyright ses numérisations de manuscrits qui sont pourtant dans le domaine public. Et que dire du Conseil Général de la Dordogne qui a voulu interdire la réutilisation des motifs des Grottes de Lascaux !
    Il semble, et tu as d’ailleurs posé la question, que les conservateurs du Louvre, n’ont pas réagi à cette réutilisation. Mais je ne suis pas certain (et c’est une litote) que ce n’aurait pas été le cas avec la plupart des musées qui t’interdise de prendre des photos pour te vendre des reproductions d’œuvres du domaine public qu’ils ont placées sous copyright….
    En tout cas, je trouve la réflexion qui est menée sur les usages transformatifs passionnante en ce qu’elle confronte la liberté de création (et donc de réappropriation) et la légitime protection des intérêts et des droits des artistes. La position des juges américains qui est exposée dans l’article dont j’ai donné la référence est à ce titre un modèle de pondération et de nuance.

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