Mindhunter – David Fincher

Dans les année 70, deux inspecteurs du FBI spécialisés dans les études comportementales et la psychologie vont développer une nouvelle manière d’enquêter : le profilage. Fondée sur l’analyse du comportement des « Tueurs en séquences » (connus par la suite sous le nom de « Tueur en séries »), la technique consiste à déterminer le profil psychologique d’un criminel à partir d’interrogatoires menés en face à face expérimentant le pouvoir de l’empathie au risque d’être manipulé. Car est-il aisé d’imaginer qu’un homme capable de découper la tête de sa propre mère et de s’en servir ensuite pour jouer aux fléchettes soit en capacité de ressentir la moindre émotion vis à vis d’un autre être humain? Est-il possible de décrypter un psychopathe lorsque l’on est soi même doué d’empathie et ainsi d’anticiper la folie? D’ailleurs la société ne créerait-elle pas ses propres criminels? En clair naît-on criminel ou le devient-on?

Au fil de ce voyage initiatique au coeur des pulsions destructrices, l’étanchéité du plus jeune des enquêteurs Holden (qui présente une ressemblance étonnante avec Emmanuel Macron) se fissure. Il n’y a plus de monstres face à lui, juste des individus avec une histoire souvent affligeante dont il faut explorer la psyché. Se glisser dans la peau de ces grands tueurs et ainsi mettre en résonance les inconscients c’est s’exposer à flirter avec ses propres failles, sa propre noirceur. C’est faire émerger une autre réalité : la nature humaine est aussi sombre et violente.

Cruauté froide, atmosphère tendue et intense, la rencontre avec Ed Kemper, alias l’Ogre de Santa Cruz, condamné pour avoir décapité six femmes (sa mère inclus) magnétise par l’esprit et l’intelligence dont fait preuve le meurtrier. Kemper (qui a réellement existé) apparaît comme un être fascinant doté d’un QI élevé  à la manière d’un Hannibal Lecter. Rien ne semble lui échapper et il se joue de tout au point de déclarer « Je suis un meurtrier très accompli qui a passé sa vie d’adulte à éviter d’être capturé avant de me livrer parce que je désespérais qu’on m’attrape ». Brillant.

Alors comment atteindre ce niveau de malignité sans se perdre un peu soi-même? Plus le spectateur avance dans la saison, plus les interrogatoires que prodigue Holden deviennent d’ailleurs douteux et gênants. Mais les deux agents n’ont pas d’autre solution que de se transformer petit à petit, d’éprouver à l’égard de leur ennemi des sentiments que la raison leur commande de ne pas nourrir. Efficace? l’avenir le dira. Déplacé pour le commun des mortels? certainement, pour autant ce road trip atypique cache surtout une réflexion passionnante sur la nature humaine conduite par 2 enquêteurs qui resteront sans nul doute dans les annales du genre.

Mindhunter est une série diffusée depuis 2017 par Netflix. La saison 2 est prévue pour 2019.

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A propos de l'auteur

Luzycalor - traduire lumière et chaleur - est le blog d'une petite curieuse adepte de cinéma, musique, littérature et culture urbaine en tout genre. Vaste champ d'investigation isn't it? Parce que si culture s'étale comme confiture, les deux ont en commun un petit goût sucré dont on devient très vite addict. Bienvenue dans mon univers, ce monde vu de ma fenêtre!

2 commentaires
  • AuroreInparis - novembre 14, 2018

    Tu en parles très bien. Je l’ai regardée il y a déjà un moment mais j’avais bien aimé cette série, malgré le malaise qu’elle provoque.

    • luzycalor - novembre 14, 2018

      Merci Aurore. Cette série est vraiment bien foutue .

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