Les Chatouilles – Andréa Bescond et Éric Métayer

Odette 9 ans, petite princesse ravissante. Était-ce prédestiné qu’elle porte le nom d’une héroïne de Tchaïkovski transformée en cygne blanc? Coupée de ses ailes, elle rêve d’un ailleurs, meilleur. Ondulant sur l’eau d’un lac, symbole de purification, de régénérescence, elle cherche à s’évader de son monde clos et étouffant pour un imaginaire.
Imagination féconde. Andréa Bescond en agrémentera sa vie et la mettra 25 ans plus tard au service de la mémoire pour raconter son histoire à travers le prisme de son personnage si joliment nommé. Violence exacerbée. « Od’Andréa » diaphane, mutique, gonflera de rage au fil des années pour éclater, victime d’un trop plein à exorciser. Puis le calme après la tempête. La chrysalide deviendra papillon. Parler à l’enfant qui est en soi, se pardonner, n’est-ce pas le meilleur remède pour continuer d’avancer?

Car Odette c’est Andréa. Cette jeune-femme abusée pendant son enfance, violée par un ami de la famille. Vous savez ce type toujours prévenant, admiré par papa et maman. Traversée psychanalytique de la vie d’Odette, Les Chatouilles plonge le spectateur en apnée dans les traumas d’une enfant si calme devenue une adulte en révolte permanente. A vif, son corps devient vecteur d’une souffrance qu’elle ne peut encore exprimer verbalement mais qui se lit au quotidien dans ses gestes souvent dansés, ses paroles maintes fois gueulées, son mode de vie excessif que les drogues n’épargneront pas. La mise en scène pour le moins déstabilisante au début traduit pourtant très bien un parcours de reconstruction sinueux où fantasmes d’une autre vie, dévoilés en analyse, viennent parfois percuter la réalité froide et brute.

Entre danse et psychanalyse sur le thème de la pédophilie, Les Chatouilles bénéficie d’un casting remarquable porté notamment par Karin Viard dans le rôle de la mère glaçante et cassante en proie au déni et Clovis Cornillac en père repentant, touchant, dévasté par l’idée de n’avoir rien vu venir. Dérangeant très sûrement, le film n’en demeure pas moins extrêmement bouleversant et émouvant.

 

 

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A propos de l'auteur

Luzycalor - traduire lumière et chaleur - est le blog d'une petite curieuse adepte de cinéma, musique, littérature et culture urbaine en tout genre. Vaste champ d'investigation isn't it? Parce que si culture s'étale comme confiture, les deux ont en commun un petit goût sucré dont on devient très vite addict. Bienvenue dans mon univers, ce monde vu de ma fenêtre!

1 commentaire
  • AuroreInparis - décembre 4, 2018

    Très belle critique. Ce film m’a mis une véritable claque ciné et émotion. J’en suis sortie bouleversée.

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